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Aux enfants de la bombe, un grand prix bien mérité


C’est le prix qu’on leur souhaitait, le prix de la vérité, le prix du pardon à demi-donné, le prix qui crédibilise le courage de ceux qui ont osé sortir les dossiers poussiéreux du placard. On rêvait surtout d’un prix de reconnaissance, d’une prise de conscience et de responsabilités… A en croire les applaudissements à la sortie de la projection, le pari est réussi. Prix politique s’il en est mais qui n’aurait pas pu ne pas être.

Qu’aurait-on été sans Danielle Ista, l’épouse de cet atomiste français qui filmait, en dépit de toutes les interdictions, ses semaines de travail sur le terrain, les explosions de tous les essais nucléaires survenus à Moruroa et Fangataufa alors qu’il exerçait pour le Commissariat à l’Energie Atomique de Papeete, mais aussi ses week-end en famille les pieds dans l’eau… Que nous aurait-on encore donné à voir si la veuve n’avait pas accepté de confier les boîtes à chaussures de son défunt mari, remplies de bobines super 8 et autres photographies qui sont autant de témoignages rares d’une époque silencieuse à Jean-Marie Desbordes, à l’initiative du film. “Danielle Ista fait partie de l’AVEN, l’Association des Vétérans des Essais Nucléaires en France, explique Laurent Jacquemin, membre de l’ATPA (Association Tahitienne des Professionnels de l’Audiovisuel) – co-productrice du film, et c’est au cours de son enquête que Jean-Marie l’a rencontrée. Il a mis très longtemps à la convaincre de lui confier ses archives. C’est en lui expliquant qu’à travers cette petite histoire il pourrait raconter la grande qu’elle a finalement accepté”. Et c’est en mettant côte à côte la vie ordinaire, les déjeuners dominicaux de ce Monsieur Tout Le Monde, et les images des explosions, des nuages de fumée, des lumières aveuglantes qui composaient les tirs nucléaires, que le documentaire prend toute sa force.

Cette chronique de 35 années au cœur de l’aventure de la bombe atomique française se veut être avant tout un hommage à ses descendants, qui portent aujourd’hui les stigmates de ces années où le Général de Gaulle s’échinait à rendre sa grandeur à la France. Ce film est un hommage aux disparus des essais nucléaires, un hommage au combat des associations, telles que Moruroa e tatou, qui militent pour la reconnaissance des droits des victimes, des maladies radio-induites, pour un devoir de mémoire, douloureux, certes, mais aussi la reconnaissance de la culpabilité d’un Etat, qui aurait tout à gagner à enfin l’avouer.

Alors que l’Australie avait toujours refusé de s’excuser publiquement auprès de ses stolen generations qui avaient pourtant besoin de cet acte symbolique pour continuer à avancer, le Premier ministre, Kevin Rudd, a présenté en novembre 2009 des excuses solennelles pour ses « enfants oubliés », émancipant en un discours la parole de son peuple, peuple que le FIFO a cette année encore vu se mobiliser pour raconter au travers de films toujours plus parlants de vérité cette triste part de l’histoire australienne.

Les exemples ne manquent pas. Tous ont en commun les effets bénéfiques d’un pardon public, d’une affirmation de la reconnaissance d’une culpabilité. C’est la marque de respect indissociable de toute entente entre des communautés d’origines, de cultures, de traditions différentes et qui parfois même s’opposent.

Les témoignages recueillis dans “Aux enfants de la Bombe” sont autant de preuve qui illustrent aujourd’hui la nécessité d’un pardon assumé. L’interrogation “Pourquoi ne nous ont-ils rien dit ?” reste aujourd’hui assortie des trois petits points porteurs du ressentiment à canaliser.

 

MH