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Effrayant Canning Paradise


Pas tant sur la forme que dans le fond. Dans le genre, Canning Paradise répond parfaitement à l’essence même du documentaire qui a vocation à informer, réveiller les consciences, affronter le réel, donner à voir une vision subjective du monde tout en faisant parler les images, et enfin aider à se débarrasser des clichés.

Ici, on découvre d’abord une région peu connue, des traditions coutumières et une industrie mondiale du thon qui tente de grappiller quelque lopins de terre aux Papous. Après des décennies de pêche excessive qui comptabilisent, par an !, plusieurs millions de tonnes de thon pêchées, les conséquences sur une terre lointaine et reculée comme celle de Papouasie-Nouvelle-Guinée se veulent lourdes. Dans ce pays « où la terre est ce que l’argent est au monde occidental », la levée des taxes et des quotas sur les exportations vers l’Union Européenne – plus gros consommateur de thon au monde – a une résonance dramatique. Et les premiers concernés sont évidemment les derniers informés. Ce concert de non-dits fait étrangement écho au mutisme qui a longtemps habillé l’installation du Centre d’Expérimentation du Pacifique. En Papouasie-Nouvelle-Guinée aussi la pêche et l’agriculture rythmaient il y a quelques années encore la vie des autochtones. Aujourd’hui la mondialisation bouleverse les traditions et impose une dégradation des conditions de vie pour des populations qui n’étaient pas préparées à un si rapide changement dans leur mode de vie. 80 à 85% des Papous vivent – ou devrait-on déjà dire vivaient ? – de leurs terres.

Au travers de Canning Paradise, c’est un « appel au monde entier à entendre nos pleurs » que lancent les différentes communautés filmées. Devant cette bataille de David contre Goliath, le public est sorti chamboulé.

Benoît, 22 ans, « Un documentaire réussi »

« On se plaint parfois que les films documentaires restent un peu sur une ellipse ou alors donnent trop d’informations en seulement 52 minutes. Dans ce long-métrage de 90 minutes c’est un peu le cas, le récit est très dense, mais j’ai bien aimé la manière dont cette histoire est racontée. Sur le contenu, c’est incontestable, on ne peut être que du côté de ces personnes qui se battent pour leurs droits, pour avoir le droit d’exploiter eux-mêmes leurs propres terres. Pour moi c’est un documentaire réussi dans la mesure où à l’issue de la projection on se pose beaucoup de questions, on a envie de compléter le moment de projection par des recherches personnelles. La fin est assez ouverte et je trouve que c’est l’une des bonnes définitions d’un documentaire qui se veut engagé et militant. »