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Joe Berlinger


Il a commencé par faire des études de langues avant de s’apercevoir qu’il était fait pour la réalisation. Avec sa caméra, il donne la parole a des communautés indigènes souvent isolées qui n’auraient pas eu la chance de faire parler d’elles sans un documentaire. Avec humour et humanité, Joe Berlinger revient pour nous sur ce qui fait l’essentiel d’un film. Interview.

Comment êtes vous rentré dans le monde du cinéma ?

Joe Berlinger : J’ai étudié l’allemand à l’université et mes compétences m’ont offert un boulot dans une agence de publicité à Francfort. Je travaillais pour une compagnie américaine qui avait un bureau là-bas. En commençant à faire des pubs pour la télé, ma petite lumière s’est allumée et j’ai réalisé que ce j’aimais faire des films par-dessus tout. Je suis rentré à New-York et j’ai progressivement intégré le milieu. J’étais dans la même agence et pour les besoins des publicités que je produisais, j’ai engagé les frères Maysles pour réaliser des documentaires. Les véritables connections se sont faites grâce à eux. Ca a été un peu mon école de réalisation documentaire. En 1989, j’ai fait mon premier court-métrage, “Outrageous Taxi Stories”, qui raconte les histoire les plus extraordinaires qui se sont passées dans des taxis new-yorkais. Le film a remporté des prix en festivals, qui m’on encouragé à continuer. En juin 1990, avec Bruce Sinofsky, on s’est décidé à faire “Brother’s Keeper”, un long métrage sorti en 1992 pour lequel on a pris beaucoup de risques : on avait mis une dizaine de cartes de crédit complètement à sec, si le film n’avait pas marché, on aurait été complètement endetté. La chance a voulu qu’il soit sélectionné au festival du film de Sundance. Il a marché, on a récupéré notre mise de départ et notre carrière était lancée.

J’ai cru comprendre que vous produisiez et jouiez surtout dans des productions plutôt « sombres »…

J. B. : C’est vrai. En fait, je ne fais pas des films sombres pour le plaisir de faire des films sombres mais ce qui m’intéresse, c’est la condition humaine et la part d’ombre qu’il y a en chacun de nous ainsi que la part d’ombre de l’humanité. Donc mes films vont chercher cette part d’ombre. Mais ils essaient aussi de remonter vers la lumière. Ce qui m’attire le plus ce sont des situations difficiles car je pense que la caméra peut aider les gens. […] C’est l’une des raisons qui m’ont décidé à venir ici : j’essaie de mettre à l’écran de mes films des gens qui n’auraient normalement pas l’occasion d’y être, qui ne sont pas vus, pas représentés d’habitude et il me semble que le FIFO qui célèbre l’Océanie répond à cette exigence.

Vos films ont toujours une issue favorable ?

J.B. : Bien sûr. Même si « Paradise Lost » par exemple traite de trois adolescents accusés à tort du meurtre satanique de deux fillettes de huit ans, la partie positive est que leur histoire a choqué l’opinion publique et que beaucoup de personnes à travers le monde les ont soutenus, n’acceptant pas le verdict qui les condamnait à la peine de mort. Cela a permis au bout de 18 ans, alors que l’un des accusés était déjà dans le couloir de la mort, de les faire libérer. […] J’ai fait un autre film sur la pollution par le pétrole en Amazonie qui a également aider les communautés auxquelles la compagnie pétrolière en question causait beaucoup de torts.

Le troisième volet de “Paradise Lost”, “Paradise Lost 3: Purgatory”, a été nominé aux Oscars en 2012. Qu’est-ce que cela apporte à la carrière d’un documentariste ?

J.B. : Pas autant que l’on pourrait croire. C’est très gratifiant, c’est super pour l’égo mais ça n’aide pas forcément beaucoup. Curieusement, ça m’aide plus pour l’autre partie de ma carrière qui est de réaliser des émissions de télévision et des publicités : là, pour décrocher un contrat, le fait d’avoir un oscar ouvre des portes mais pour chercher des financements pour un nouveau documentaire, ça n’aide pas plus que ça.

Quel film remportera les faveurs du membre du jury que vous êtes cette année ?

J.B. : Le sujet de chaque film est moins important pour moi que la qualité de sa réalisation. Je pense qu’un bon documentaire nous plonge dans un monde dont on ne connait rien ou à propos duquel on a des préjugés et nous le fait découvrir sous un autre angle. L’un des critères que je recherche aussi, parce qu’il y a évidemment des films qui sont plus faciles à faire que d’autres, c’est la part de risques qu’a pris le réalisateur.

L’émotion vient en dernier ?

J.B. : C’est une question d’équilibre. Un film qui ne serait pas forcément fait dans les règles de l’art mais pour lequel le réalisateur a pris des risques me touche. […] Le simple fait d’arriver à faire un film tient quasiment du miracle. Je déteste les critiques de films qui d’une seule ligne démontent un film.

Vous parlez de s’affranchir de préjugés. En av(i)ez-vous sur l’Océanie ?

J.B. : Je pensais qu’il y aurait plus de plages à Tahiti… [rires]. J’ai beaucoup voyagé donc je sais à peu près où je mets les pieds mais si je devais être parfaitement honnête, quand on m’a proposé de faire partie du jury, j’étais surpris qu’il y ait une production suffisante pour alimenter un festival.

Seriez-vous vous-même tenté pour réaliser un sujet sur l’Océanie ?

J.B. : Je suis très intéressé par l’impact du réchauffement climatique sur la région donc si il y avait un film à faire là-dessus, ça m’intéresserait énormément.

MH