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Scarlet Road : la délivrance sexuelle des handicapés


Encore une belle et surprenante découverte du FIFO, ce documentaire de Catherine Scott pose un regard sincère et poétique sur Rachel Wotton, « travailleuse du sexe » à Sydney, spécialisée dans une clientèle dont on parle peu : les personnes handicapées.

Le petit théâtre était encore plein à craquer pour la projection de Scarlet Road, un film assumé et authentique qui offre un visage différent et en opposition avec le discours habituellement entretenu dans de nombreux pays sur les travailleuses du sexe. Sur la problématique, l’Océanie fait d’ailleurs figure de pionnière : dans un Etat australien (New South Wales) et en Nouvelle-Zélande, la prostitution est « décriminalisée », afin que les femmes puissent vivre et travailler en sécurité et dans la dignité.

Rachel Wotton, qui se qualifie de « travailleuse du sexe », vole au secours des personnes en situation de handicap. Sa philosophie est à mi-chemin entre l’assistanat sociale et la thérapie, offrant à ses clients une véritable délivrance. Le sexe est une expression humaine « basique » dont les personnes souffrant de handicap sont bien souvent privées. Rachel tente donc de réparer ce qui lui paraît être une injustice, revendiquant leur droit au bonheur.

En les aidant à prendre un peu de plaisir avec ce corps qui n’est, pour John, Mark et les autres, qu’une somme de souffrances, Rachel leur permet d’aller tout simplement mieux. Le documentaire suit la route de cette femme hors du commun, qui va bien plus loin dans son engagement : elle organise des ateliers pour former les gens à cette pratique, elle voyage dans le monde entier à la rencontre des organisations qui voudraient bien écouter son expérience, reprend ses études pour devenir « docteur Rachel Wotton », travailleuse et expert ès sexualité, rêve de fonder une maison close dont les bénéfices serviraient à offrir des prestations intimes aux personnes handicapées et dont les moyens sont souvent faibles.

Jusque dans les scènes les plus intimes, tout n’est que profondeur, douceur et bienveillance dans ce documentaire magnifique, que Catherine Scott a pu réaliser grâce à son amitié de longue date avec Rachel. « J’ai mis 3 ans à tourner ce documentaire, admet la réalisatrice, car nous avons dû énormément négocier. Au départ, Rachel ne voulait pas que je filme de scènes intimes, que ce soit avec ses clients ou son compagnon. Petit à petit, elle m’a fait confiance parce que nous sommes amies. Personne d’autre n’aurait pu l’approcher comme moi. Par exemple, la dernière scène du film où elle prend une douche avec Mark : elle m’avait dit qu’il en était hors de question ! En revanche, Mark était tout à fait d’accord, heureux que l’on puisse montrer cet aspect des personnes handicapées. J’ai du proposer à Rachel un deal : elle me laisse filmer, je lui montre les images et si elle estime que j’ai été trop loin, je ne les diffuse pas. Lorsqu’elle les a vues, elle a pleuré d’émotion, et c’est le moment du documentaire que le public trouve le plus beau ».

Un documentaire unique qui donne la parole à des personnages généreux, un manifeste pour la liberté sexuelle, une attaque frontale et efficace de certains stéréotypes, un équilibre savamment dosé entre intimité et tendresse, jamais choquant et définitivement marquant.

A l’issue de la projection, la réalisatrice s’est prêtée au jeu des questions-réponses, nombreuses, d’un public enthousiaste. « Merci. Vous m’avez fait changer ma façon de voir les choses », a affirmé une spectatrice. Une opinion visiblement unanimement partagée.