Actualites

“Un anniversaire à 2 chiffres, ce n’est pas innocent”

Le Président du jury de l’édition 2013 du FIFO entamait ainsi mardi son discours lors de la cérémonie d’ouverture du festival. Une cérémonie placée sous le signe de l’émotion puisque les 10 bougies que souffle le festival cette année sont autant de preuve de maturité, de passion et d’investissement, que n’ont pas manqué de saluer les différentes personnalités qui se sont succédées sur le paepae de la Maison de la Culture. Introniser la dixième édition du festival a été l’occasion pour ses fondateurs de rappeler le chemin parcouru mais aussi de remercier les bienfaiteurs, amis et partenaires qui ont cru, depuis le début, en la force fédératrice de l’évènement et en sa légitimité, dans un panorama pacifique qui se bat de plus en plus pour la reconnaissance de sa pluralité et la sauvegarde, au-delà de tout, des ses richesses de cultures, langues, traditions et coutumes. Festival polynésien, océanien mais également international, le FIFO est “l’écho de notre parole qui rebondit ici et là et est amplifié par un réseau d’amitié et de solidarité” a rappelé Wallès Kotra. Le Président de l’AFIFO en a profité pour remercier la fidélité et l’amitié de Hervé Bourges, qui avait cru au FIFO alors même que le festival n’en était qu’à l’état de projet et avait accepté de présider ses trois premières éditions pour lui permettre de s’installer.

La cérémonie d’ouverture de ce festival qui prend chaque année plus de galon étant aussi l’occasion de faire le point sur les enjeux techniques qui se discutent et se décident parfois autour des tables rondes organisées durant l’évènement en parallèle des projections, Hervé Bourges en a profité pour saluer le véritable dialogue des cultures qu’est intrinsèquement le festival. Il a rappelé l’importance de ne pas vivre replié, de garder sa culture et son ouverture aux autres, particulièrement dans des univers insulaires qui sont souvent fermés et dans un contexte où la mondialisation bat son plein. Une mondialisation que l’ancien Président du CSA (et premier à avoir organisé un Sommet mondial des régulateurs de l’audiovisuel en 1999) veut modérer. “Oui à l’évolution technologique, non à une technologie qui se sert de la mondialisation pour un prêt-à- penser mondial, contre lequel il faut bien évidemment nous élever, a-t-il déclaré”. Avant de poursuivre “ Nous avons un grand débat en France sur les problèmes techniques et les problèmes de contenus, avec notamment toute une étude sur la fusion éventuelle ou non de l’agence de régulation des telecom, l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, ndlr) et le comité de régulation des programmes et des chaînes de radios et télévisions, le CSA. […] Je suis contre une fusion. Je me méfie des tuyaux parce que pour moi les tuyaux sont simplement ce qui techniquement charrie les cultures, charrie les programmes, charrie les façons de penser, les philosophies et ce ne sont jamais les tuyaux qui doivent imposer la qualité et la diversité des programmes et des cultures”.

C’est non sans trouble que l’homme de lettres a trahi le vraisemblable départ, en septembre prochain, de l’actuel président de l’AFIFO, “un homme non seulement de grande qualité, de culture, de conviction, mais [c’est] un homme qui a su rester lui-même (…) en sachant se dépasser, s’ouvrir aux autres, avec ce caractère égal des gens de conviction qui n’ont aucun complexe, parce qu’ils sont ce qu’ils sont et qu’ils savent aussi qu’ils peuvent apprendre ailleurs et qu’ils peuvent aussi s’ouvrir ailleurs”. Avec affection, Hervé Bourges a publiquement souhaité : “Wallès est l’âme de ce FIFO et je ne voudrais pas […] qu’on ne songe pas dès maintenant à un éventuel remplaçant, tâchant de trouver une personnalité issue de l’Océanie qui ait ses qualités, morales, intellectuelles, professionnelles”. L’appel est lancé.