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Coup de coeur

Trent Parke – The Black Rose, réalisé par Catherine Hunter et produit par C. Hunter et Julia Overton (27’30’’, Australie, 2015)

Un moyen métrage qui présente le parcours artistique de Trent Parke, journaliste photographique  et grand reporteur australien, il fait partie des rares artistes invités à rejoindre la prestigieuse Agence Photo Magnum. Plongée dans un univers visuel onirique, des oeuvres singulières en noir et blanc, qui saisissent l’instant d’une manière inédite. Il présente dans son exposition The Black Rose le résultat de sept ans de travail, sur le thème du foyer, de la famille mais aussi de ses propres origines, ses sources d’inspiration.

La carrière de Trent Parke se distingue de tout temps par sa capacité à saisir ce que les autres ne parviennent à voir, ces moments volés qui sont pourtant si forts et si émouvants, ces détails futiles -et subtils- qu’un oeil novice de distinguerait même pas. Son exposition retrace son parcours artistique, intimement lié à son parcours personnel, amoncellement de faits, souvenirs, étapes qui ont marqués sa vie et qui déterminent son identité aujourd’hui. Notamment le décès de sa mère alors qu’il était adolescent, dont il a totalement refoulé l’existence jusqu’à devenir lui-même père de famille. Ce traumatisme de jeunesse a pourtant été le levier qui a permis de révéler ce talent artistique, que vient justement sceller cette exposition. En effet, la Black Rose (rose noire) a une symbolique très forte, qui traduit aussi bien la mort que l’accomplissement personnel, la réalisation des projets. Opiniâtre car elle pousse dans n’importe quelle condition, sa fleur met cependant deux ans à éclore. Un processus long, qui représente bien le cheminement de l’individu à travers les hasards de la vie, les coïncidences qui jalonnent le parcours de l’artiste, venant sceller son destin et  alimentant son inspiration. Mais la rose noire symbolise également la renaissance, un nouveau départ ou un voyage qui arrive à son terme. Celui d’un artiste à la sensibilité à fleur de peau, véritable observateur du microcosme, qui bouleverse le spectateur de part sa vision poétique du vivant.

En véritable conteur, Trent Parke parvient à narrer visuellement des scènes, des instants, des espaces, des émotions, sous un angle qui bouleverse le concept de photographie. Selon lui, dans le domaine de la photographie, tout est encore à faire. « C’est comme aborder un continent inexploré, et tenter de documenter l’état émotionnel d’un pays, d’une population, d’une personne ou d’un chose », confit-il. C’est le cas de son reportage réalisé à Bali après des attentats, scènes de désolation matérielle et humaine, ou encore lorsqu’il présente les paysages apocalyptiques de sécheresse australienne. Son talent tient certainement de sa capacité à produire des clichés « au coeur de l’actualité et qui restent dans l’actualité de tout temps », analyse un confrère journaliste. Sa grande sensibilité lui permet ainsi de capter l’essence de ses sujets, en juxtaposant le microscopique, les détails qui passent inaperçus, au milieu d’une scène bien plus large, en perspective, offrant l’infini de l’immensité des paysages, des scènes, tout comme la profondeur des émotions individuelles.

Avis du public – Pascale

Je ne m’attendais pas du tout à ce sujet là, c’est un film qui m’a ému. J’ai découvert l’artiste, dont le regard photographique m’a sensibilisé, tout comme son parcours personnel. Je pense qu’il est difficile de se remettre après la perte d’une mère… Mais pourtant, le traumatisme semble avoir révélé en lui son talent artistique enfui, ses messages incroyables qui mettent en scène des détails imperceptibles. À un moment, il capte une série de photographies d’un léopard de mer, qu’il voit d’abord de loin, puis se rapproche petit à petit. Quand on sait que sa mère est décédée d’une crise d’asthme, on comprend immédiatement le parallèle qui est fait à travers son approche artistique et son propre parcours personnel.

 

Lucile Bambridge / FIFO