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Putuparri and the raimakers, réalisé par Nicole Ma et produit par Sensible Films (97 minutes, Australie, 2015)

Au nord-ouest de l’Australie, dans la région de Fitzroy Valley, la voix de Tom Putuparri Lawford fédère une cinquantaine de tribus aborigènes qui luttent pour la reconnaissance de leur territoire ancestral, situé dans le Grand Désert de sable. Peu à peu chassés de leurs terres lors de l’implantation des premières exploitations minières et d’élevage de bétail, ce peuple n’a pas foulé le sol de ses ancêtres depuis près de quarante ans.  Et pourtant, le Native Title Act (reconnaissant les préjudices causés aux aborigènes par le gouvernement australien) a été signé en 1993. S’engage alors une quête de longue haleine pour la rétribution de leurs terres : quatre expéditions dans le Bush désertique, afin de permettre à Putuparri et aux siens de se réapproprier leur territoire, tout en redécouvrant les pratiques ancestrales aujourd’hui méconnues des jeunes générations.

C’est la migration de trois générations, réalisée entre 1997 et 2014 à travers plusieurs expéditions, que Putuparri, Spider (son grand-père) et sa femme Dolly, ainsi que son jeune cousin, décident d’entreprendre, à la recherche du Kurtal, point d’eau au milieu du désert. Dès que le cortège pénètre en terres aborigènes, l’ancien rappel qu’il faut honorer l’esprit du dieu Serpent, protecteur du territoire aborigène. Pour cela, il est nécessaire de provoquer des incendies de brousse, afin de prévenir de l’arrivée des hommes, de retour sur leur territoire. Des chants et incantations accompagnent cette démarche vitale pour eux, selon leurs traditions. Car il s’agit de faire revivre l’esprit des ancêtres, grâce au Kurtal qui représente la terre des Hommes et l’abondance de l’eau, dans une région des plus aride pourtant. Traditionnellement, le rituel consiste à s’asperger de cette eau, qui symbolise la pluie si attendue, invoquée ici. Les danses traditionnelles s’inspirent d’ailleurs de ce rituel de célébration, véritable détonateur de pluies diluviennes ! Un spectacle incroyable en plein milieu du Bush, où les éclairs sabrent le ciel devenu noir, soudain. Le tonnerre gronde, la pluie s’abat sur des étendues désertiques où toute vie végétale a depuis longtemps disparue. La terre rouge s’obscurcie alors, dévoilant un ciel rose fushia surréaliste au milieu des nuages noirs, scindés par les éclairs dorés. Un spectacle somptueux, comparable aux aurores boréales. Voilà donc le rainmaker ressuscité.

Une fois le Kurtal identifié, toute la population aborigène décide à l’unissons de réaliser une toile peinte à plusieurs mains, en une semaine, afin de sensibiliser les consciences occidentales à leur problématique. C’est une toile impressionnante qui est ainsi réalisée, non seulement en dimension, mais aussi exceptionnelle en terme de réalisation artistique. Elle sera nommée Ngurrara, et exposée d’abord à la National Gallery de Canberra, puis dans une multitude de galeries et de musées, en Australie comme à l’étranger.

Alors que l’Australie a reconnu depuis presque vingt ans les préjudices causés par la colonisation sur les aborigènes, notamment grâce au Native Tittle Act, la ré-appropriation des territoires par les aborigènes est encore un sujet délicat. La preuve en est à travers la démarche de Putuparri et des siens, qui ont dû patienter plus de 15 ans avant d’obtenir gain de cause. À juste titre, le juge proclame ainsi la décision du gouvernement australien : « Ce sont vos terres et elles vous ont toujours appartenu ». Heureusement, car sinon, le Kurtal se serait éteint à jamais, et alors, où iraient ensuite les esprits des anciens ?

Avis du public – Colette Pugibet

J’ai beaucoup aimé ce film, un beau sujet qui rappel combien il est important de faire revivre l’esprit des anciens à travers la sauvegarde et l’apprentissage des traditions. D’ailleurs, je trouve que beaucoup de films projetés au FIFO cette année concernent la situation des aborigènes. Je trouve cela très bien car ça permet de réveiller les consciences, et nous oblige à retourner à notre propre histoire, à nos racines.

 

Lucile Bambridge / FIFO