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14ème FIFO : La lutte et le combat récompensés.  

PhotosFamille-2Le 14ème FIFO s’est terminé vendredi 11 février par la soirée de remise des prix. Le palmarès du jury est à l’image de la sélection. Plein de surprise, d’émotion, et de combat …Reportage.

 

L’hymne du FIFO résonne dans la salle du Grand Théâtre. L’équipe de la Maison de la Culture chante cette mélodie, devenue un emblème du festival. Cerise sur le gâteau, le chef de chœur offre une magnifique danse du ventre qui conquiert le public. La cérémonie est animée par Mateo. Sur scène, les personnalités défilent. D’abord le président du réseau Outremer à France Télévisions. « Le FIFO, c’est une fraternité. Si la vague de mondialisation est là, on est toujours debout. Merci d’être tous ensemble ce soir », lance Wallès Kotra avant de laisser la place à la nouvelle présidente de l’afifo. Miriama Bono a pris le relais à la tête de cette association, sans qui le festival ne serait rien. « J’ai beaucoup d’émotion à ouvrir cette soirée. Je me suis faite avec le FIFO et mes enfants ont grandi avec ». Après quatorze ans d’existence, ce festival, né sous l’égide de deux hommes, et de leur amour pour la culture du Pacifique, est devenu une véritable famille.

 

La cause de l’environnement

 

Heremoana Maamaatuaiahutapu monte à son tour sur la scène. Il est vêtu d’un pareo, d’une chemise, et d’un collier. « Je vais essayer d’être plus intelligent que la nouvelle présidente de l’association du FIFO », s’amuse t-il. Le ministre de la Culture, qui est également à l’origine de ce festival, rend hommage à Stéphane Martin, président du jury. « C’est au moins la dixième fois que tu viens, il était donc important que tu présides ce 14ème FIFO », lance le politique, qui estime que le musée du Quai Branly est à l’image FIFO. « On est devenu le centre du Pacifique sur 14 ans, et tu as fait du Quai Branly le centre des cultures du monde en dix ans ». Heremoana Maamaatuaiahutapu remercie Mareva Leu, la nouvelle déléguée générale du festival avant de laisser la place aux résultats. Dans les gradins, le public crépite d’impatience. Heia Parau, l’un des membres du jury de cette édition, est invitée sur scène. Avec une représentante de Vini, elle décerne le prix du court métrage. C’est le film, aussi bouleversant qu’hilarant, Je ne pleurerai plus d’Olivier Gresse qui remporte le prix. Le prix Okeanos, du nom de cette fondation oeuvrant pour l’environnement dans le Pacifique, est décerné à Fading Sands de Stephen Limkin. Ce documentaire dénonce le réchauffement climatique aux îles Salomons. « Je suis très reconnaissant de mettre ensemble les voix du Pacifique. Et cela nous permet d’être plus forts », déclare ému le réalisateur, sur la scène du Grand Théâtre.

 

Une sélection de qualité

 

Vient ensuite le prix du marathon d’écriture. Pour cette deuxième édition, après le franc succès de la première, neuf personnes ont participé. Leur objectif : écrire un scénario de court-métrage sur le thème « Libérez moi« . La gagnante de l’année précédente, Sophie Blanc, annonce le prix : « Femme malgré lui » de Cybèle Raybaud. « Je ne m’attendais pas à ça. Merci beaucoup » confie, les larmes aux yeux, la lauréate. Le choix entre les participants semble avoir été très difficile. Après un moment d’émotion, place au groupe de danse Manahau, deuxième prix au Hura Tapairu 2016. Le superbe solo de la danseuse subjugue le public. Place désormais aux prix du jury… Stéphane Martin monte sur scène. «Les films sont d’un niveau formidable. Je ne sais si c’est la qualité de la production de l’Océanie qui s’améliore ou l’œil et les oreilles des pré sélectionneurs qui sont de plus en plus fins ; mais en tout cas la sélection a été incroyable », déclare l’homme de culture, qui rend hommage aux « papas » du FIFO : Wallès Kotra et Heremoana Maamaatuaiahutapu. « Nous avons délibéré après chaque visionnage. Dans ces choix, deux films sont rapidement sortis en tête. Ils sont très proches l’un de l’autre. On a décidé de décerner un premier prix spécial du jury, et deux prix spéciaux ex æquo. Puis, le Grand Prix, bien-sûr ». How Bizarre de Stuart Page remporte le premier prix spécial. « Paulie c’est pour toi ! » lance le réalisateur au chanteur décédé depuis 2003. Zach’s Ceremony et Mele Murals sont aussi primés. Le papa de Zach, ce jeune métis aborigène qui, filmé près de dix ans, s’interroge sur sa place dans la société et dans sa culture, ne s’attendait pas à recevoir un prix. « On a travaillé dur pour réaliser ce film. Aujourd’hui, Zach est un jeune homme créatif. Je suis très fier d’être son père. Je reviendrai au FIFO avec mon fils ! », promet le père de famille.

 

Un exemple pour la jeunesse

 

Prix très attendu des spectateurs : le prix du public. Cette année, Alors on danse de Jacques Navarro est récompensé. « Il y a un nombre de merci si interminable que je ne peux citer tout le monde. Cette belle aventure nous a profondément marqué. Merci à tous. Et comme dit Tuarii Tracqui: « vous avez prouvé par ce vote que vous n’êtes pas des handicapés du cœur » ». Enfin, moment tant attendu de la soirée, l’annonce du grand prix du jury. C’est le président du jury, Stéphane Martin, qui va décerner le prix. « Il va à une réalisatrice qui a eu un courage extraordinaire ». The opposition remporte ce prestigieux prix. Après avoir dansé quelques pas sur la scène du Grand Théâtre avec le ministre de la Culture, Hollie Fifer remercie tout le monde. « Je ne sais pas comment je vais pouvoir continuer de parler sans pleurer. Cette récompense est celle de la communauté, et de Joe Moses, le personnage de mon film. C’est un grand honneur de recevoir ce prix », confie la jeune femme de 28 ans qui a du mal à retenir ses larmes. « J’ai un conseil à donner : les jeunes réalisateurs allez-y, n’ayez pas peur ! ». Un bon mot d’encouragement pour clôturer ce 14ème FIFO.

 

Hollie Fifer 28 ans, réalisatrice de The Opposition, grand prix du jury

 

 

 

FIFO : Quel est votre sentiment après ce prix ?

 

C’est une grande surprise mais aussi un grand honneur. J’aurai aimé que la communauté soit ici pour porter et montrer le film. Je vais tout de suite appeler Joe qui est à Londres pour sa sécurité, pour le lui annoncer. Ce prix, c’est un combat de gagné. Et cela donne une véritable motivation pour continuer.

 

FIFO : Pensez-vous que ce film peut faire la différence ?

 

Oui. J’espère que le documentaire sera projeté en Papouasie Nouvelle-Guinée, que le gouvernement comme les promoteurs le verront. Je pense que cela peut faire la différence. Ce projet a été très difficile à faire. C’était un challenge de se battre contre de grosses institutions. On a mis quatre ans. Mais c’était une expérience unique. Et, je pense qu’ici en Polynésie, il y a aussi des combats à mener, des gens se posent des questions, ils ont raison.

 

FIFO : Vous avez 28 ans, vous êtes un exemple pour les jeunes réalisateurs ?

 

Oui, on peut dire ça (rires). J’ai eu de la chance de pitcher mon documentaire il y a quatre ans au FIFO. De le voir aujourd’hui primé, c’est un rêve. Je suis une jeune, et j’ai pu le faire. J’espère que cela montrera la voie pour d’autre.

 

 

 

Jacques Navarro, Alors on danse, prix du public

 

 

Vous avez remporté pour la deuxième fois de votre carrière le prix du public. Est ce le plus beau prix ?

 

Tous les prix sont beaux. Je suis heureux que le public ait voté pour un sujet qui fait avancer la cause. Finalement, les vrais gagnants sont les personnes handicapées. Et, j’ai pu faire le constat lors des projections que beaucoup de personnes, grâce à ce film avaient changé leur manière de voir les personnes handicapées.

 

 

Etait-ce le but de ce film ?

 

Je voulais changer le regard sur le handicap. Ce qui est extraordinaire, c’est que non seulement ce film vous fait changer de regard sur l’autre mais que la personne handicapée change aussi son regard sur elle. Elle a trouvé une place. Ces personnes handicapés sont devenues des handicapables.`

 

Finalement, était-ce un film sur la relation humaine ?

 

Oui mais pas seulement. C’est aussi et surtout un film sur la tolérance et l’acceptation de la différence. On vit tous sur cette terre, on est différents pourtant on doit vivre ensemble.

 

 

Stéphane Martin, président du jury : « trouver une langue universelle pour parler ensemble »

 

Le choix a t-il été difficile à faire ?

Le jury a été tenace et sincère. On s’est décidé très vite et facilement. Les films de cette année étaient forts et très bien construits. Il y a avait une qualité cinématographique mais aussi des personnages. Parfois, on aurait pensé qu’ils étaient des acteurs de fiction tellement ils crèvent l’écran. On a vraiment été impressionnés par la ténacité de la jeune réalisatrice de The Opposition, et séduit par la qualité artistique de How Bizarre. Il s’agit de sujets avec des héros du Pacifique mais que l’on peut voir dans le monde entier. C’est ce qui ressort du festival : trouver une langue universelle pour parler ensemble au monde entier. J’espère que l’on verra ces films ailleurs comme en France ou en Asie.

 

Vous êtes venu régulièrement au FIFO, quelle évolution avez-vous vu ?

 

La production s’améliore, les films sont de mieux en mieux faits, et des personnages émergent. Même si dans la sélection il y avait des sujets déjà traités auparavant, les réalisateurs ont su trouver des scènes touchantes pour en parler. Ce qui n’était pas le cas au début du FIFO. L’autre point fort du festival : la proximité. On regarde les films avec le public, on vibre avec la salle. Ce n’est pas du tout pareil qu’un festival comme Cannes. .

 

Avez- vous eu des surprises lors de ce 14ème FIFO ?

 

Oui, notamment avec How Bizarre. En plus de la qualité du documentaire, l’artiste Paulie est génial, autant que sa musique. Je regrette qu’il soit mort si tôt. Mon petit regret aussi, mais cette fois au niveau du FIFO, c’est de ne pas avoir assez vu de films francophones, aujourd’hui les anglo-saxons sont meilleurs ! Il faudrait aussi améliorer la musique, c’est important.

 

 

Lors de votre jeunesse, vous avez voyagé dans le Pacifique, avez-vous développé une attache particulière ?

 

J’ai un regard amoureux sur la culture océanienne et polynésienne. C’est une culture très attachante, et qui se partage. Aujourd’hui, elle est très vivante et se transforme. On le voit d’ailleurs à travers le tatouage. C’est une chose que j’aime dans tout le Pacifique : la culture réapparait et renaît.

 

Quelle est la portée de la culture du Pacifique dans un territoire comme la France ou l’Europe ?

 

Les gens du Pacifique ont souvent un complexe de taille. En réalité, l’image du Pacifique est très positive, elle est porteuse d’espoir. Elle est même à la mode, on le voit avec l’Australie ou encore la Polynésie. D’ailleurs, l’exposition sur les Marquises au Quai Branly a rencontré un franc succès. L’Océanie jouit d’un grand prestige, et elle est au cœur des questions d’actualité comme l’environnement. Les regards sont tournés vers elle.

 

 

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