Actualites

Making good men : réconciliation, rédemption et pardon

 

Fiona Apanui-Kupenga a réalisé le documentaire maori Making good men. En quarante-huit minutes elle raconte les retrouvailles de deux hommes, blessés par la vie, qui parlent de leurs souffrances. Mais au-delà de la douleur, il est question d’espoir et de monde meilleur.

Deux hommes se retrouvent après vingt ans sans se voir. Norm Hewitt, ancien joueur des All Black et Manu Bennett’s, acteur hollywoodien (il a joué notamment dans une série Intitulée Spartacus) et victime. Il a été terrorisé par les poings du sportif. « Un jet, j’étais de l’autre côté de la pièce et bang, bang, bang, ces grands coups », décrit Manu Bennett’s.

Le documentaire raconte les retrouvailles de ces deux hommes dont la relation n’aurait pas pu plus mal commencer. À présent, Manu parle de Norm comme d’un frère. « Si je devais ne retenir qu’un message, que quelques mots de ce documentaire ça serait la réconciliation, la rédemption et le pardon. Trois clés sans quoi rien n’est possible, ce sont les seules choses qui permettent d’avancer, sinon on reste enfermés avec ses problèmes », résume Fiona Apanui-Kupenga, la réalisatrice de Making good men.

Un thème universel

Tout a commencé par une confidence, glissée dans le creux d’une oreille. « Norm est un ami très proche qui, un jour, m’a raconté sa rencontre avec Manu ainsi que tout ce qu’ils avaient vécu », se rappelle-t-elle. « Je voyais ces deux hommes maoris, virils, parler de violence, de pardon, je les voyais se réconcilier. J’ai tout de suite pensé qu’il fallait en faire quelque chose, qu’il fallait explorer cette histoire. Au début j’envisageais une série, on a finalement opté pour un documentaire.» Ce qui a touché Fiona Apanui-Kupenga, c’est l’universalité de la situation et des propos. « Cela parlait finalement de violence, d’intimidation, de harcèlement physiques, psychologiques, moraux. »

Dans un souci de respect des deux personnages principaux, d’attention et de sensibilité, et pour trouver la bonne distance, la réalisatrice a filmé des heures d’interviews, de scènes, d’échanges souvent anodins parfois remarquables et chargés d’émotion. « Il est arrivé que toute l’équipe de tournage se mette à pleurer en pleine prise de vue », assure-t-elle. 

Récompensé par les professionnels et le public

Le documentaire a été diffusé pour la première fois en 2016 sur une chaîne de télévision nationale en Nouvelle-Zélande (Prime). Il a réalisé le meilleur score d’audience jamais obtenu par un documentaire maori. Il a aussi été récompensé par le prix du meilleur documentaire télévisé en 2017. Huit cent DVD ont été distribués à la demande de parents, d’enseignants, responsables d’organisation. « Tout cela n’est pas une fin en soi, ce qui compte le plus pour moi aujourd’hui c’est son impact sur les spectateurs. C’est ça ma récompense. » Le documentaire Making good men a désormais une vie propre. « Je reçois de nombreux courriers de spectateurs. Je crois que tout le monde peut y trouver quelque chose qui se rapporte à son propre parcours de vie. » De ce fait il touche au cœur.

Il sert souvent de support, de point de départ à des réflexions de groupe, dans des classes par exemple où Norm Hewitt se rend régulièrement pour faire de la sensibilisation sur le harcèlement, l’intimidation, la violence. « Il libère la parole. Les victimes souvent se sentent seules et n’osent pas parler à cause de cela. En ouvrant le débat, on se rend compte que tout le monde a quelque chose à raconter. »

Ce que Fiona Apanui-Kupenga attend du FIFO ? « J’avoue que je ne connais pas très bien Tahiti, ni son contexte social, je ne sais pas si la violence est un sujet important, un sujet dont on parle, mais j’espère que les spectateurs seront touchés et, pour ceux qui en ont besoin, qu’ils trouvent la force de parler, de régler les problèmes enfouis. »

                                                        FIFO / Delphine Barrais