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Produire du son et l’image c’est bien, conserver c’est indispensable

Voilà une problématique très récente : la conservation des médias et des lecteurs qui permettent d’en rendre connaissance. Dans un monde de production et d’évolution rapide des technologies, la question ne se pose pas. Ou plutôt ne se posait pas. Certains commencent à s’en soucier comme Joshua Harris, coordinateur du programme de conservation des média à l’université de l’Illinois aux États-Unis.

Les médias évoluent, les formats changent, les outils de lecture d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que ceux d’hier. Dans ce contexte une question se pose : les productions d’aujourd’hui seront-elles toujours accessibles demain ? Si oui, que conserver, pourquoi le conserver, comment le conserver ?

Toutes ces questions, Joshua Harris, coordinateur du programme de conservation des médias à l’université de l’Illinois aux États-Unis, se les est posées, il les a évoquées dans une conférence donnée sous le chapiteau de la Maison de la Culture mardi matin et encourage tous ceux et toutes celles qui possèdent des productions (groupes télévisés, institut, boîte de production, particuliers) et souhaitent les garder à se les poser.

« Beaucoup de gens pensent que le processus de production d’un film par exemple consiste à enregistrer du son et des images, à mettre tout cela dans une boîte. Mais cela va bien au-delà, il faut penser ensuite à l’endroit où l’on va les garder, au format et aux outils de lecture disponibles. » À ce propos, dans le public, Bertie Frogier s’interroge. Il a des films en super 8 avec des données personnelles laissées par un grand-père mais aussi des séquences d’intérêt général. Il n’a plus rien pour les lire, ni chez lui ni chez ses amis ou sa famille.

Une action coûteuse et chronophage

Pour l’instant, en Polynésie, la solution est de les envoyer en Nouvelle-Zélande : la lecture et la numérisation (qui reste l’un des meilleurs moyens de conservation) y sont possibles, mais cela a un coût. « Comme partout », souligne Joshua Harris. « Aussi, quand on numérise les productions il faut prioriser car nous n’avons ni le temps ni les moyens de tout sauver. » Il donne là l’exemple du stock de médias de son université. « Nous avons recensé 400 000 éléments sur le campus. Nous avons numérisé 1% de ces éléments. Sachant qu’il nous faut 1h30 de travail pour numériser une heure de contenu, il nous faudrait 85 ans à temps plein pour venir à bout de nos éléments. »

La problématique de la conservation a vu le jour récemment. « Il y a encore dix ans, on n’y pensait pas trop », se rappelle Joshua Harris. Pourtant les menaces sont nombreuses : humidité, température, variation des paramètres, moisissures, insectes, saletés, poussière, inondations… Elles pèsent aux quatre coins de la planète. Pour répondre aux inquiétudes d’une personne du public dont les films sont stockés dans un grenier, Joshua Harris a insisté sur la stabilité des paramètres. « Pour l’humidité il y a des produits basiques de déshumidification comme le riz. Ensuite, les films doivent être enroulés dans sacs plastiques et placés dans des bacs. »

 

FIFO / Delphine Barrais