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Zika, les prémices d’une pandémie : sur les traces d’un tueur en série

 

Le moustique transmet de nombreux virus et parasites. En Polynésie, il a véhiculé le Zika dont l’épidémie a mis en alerte les quatre coins du monde. Hervé Corbières, réalisateur de Zika, les prémices d’une pandémie1 est parti à la rencontre des patients, des personnels soignants, des chercheurs et gestionnaires qui ont vécu la crise de l’intérieur.

 

Le virus zika, responsable de la maladie éponyme, a été détecté pour la première fois chez un singe en Ouganda en 1947. L’année suivante, il était isolé dans la même région chez un moustique. Les premiers cas humains sont apparus dans les années 1970 en Malaisie mais, avant la crise polynésienne, le zika n’avait pas vraiment fait parler de lui.

Didier Musso, directeur du pôle de recherche des maladies émergentes à l’Institut Louis Malardé à Tahiti se rappelle : « On n’avait aucun recul sur la maladie quand le zika est arrivé. Nous avions extrêmement peu de connaissance. En 2007, une première épidémie avait été décrite dans une île des états fédérés de Micronésie, l’île de Yap. Mais ensuite, plus rien du tout. Il n’y a eu que des cas bénins, aucune complication. C’est passé comme c’est venu, ça a disparu du monde entier. »

Hervé Corbières, réalisateur du documentaire Zika, les prémices d’une pandémie, revient sur l’arrivée du virus en Polynésie, sur son impact, sur la prise en charge des patients mais aussi sur la gestion de la crise. « Pourquoi personne n’a vraiment mis la mesure de ce que l’on vivait ici ? », lance Henri Pierre Mallet, responsable du bureau de veille sanitaire de Polynésie. « Parce qu’il n’y a pas eu de morts », répond-il. La Polynésie, dépassée, a fait son possible à en croire les acteurs interrogés. Elle a demandé de l’aide, en vain.

55 000 cas de Zika en Polynésie

Ce retour sur la crise qui a eu lieu en 2013 et 2014 en Polynésie et qui a fait 55 000 cas (un cinquième de la population) a trouvé un écho chez les spectateurs. « Ils ont vécu l’épidémie de façon individuelle et ont pris conscience de l’ampleur du phénomène », constate Catherine Marconnet, co-productrice du documentaire.

Un impact à l’intensité variable

La plupart des personnes touchées par le zika (entre 70 et 80% des cas), ne présente aucun symptôme. Pour les autres, les symptômes ressemblent à ceux de la grippe avec, parfois, une éruption cutanée, une conjonctivite, des troubles digestifs, des œdèmes.

Mais ce n’est pas tout, des complications sont possibles. En cours d’épidémie, en Polynésie, le nombre de cas de syndrome Guillain Barré a été anormalement élevé (ces atteintes neurologiques ont été 20 fois plus fréquentes). Par ailleurs, chez le fœtus, transmis à la femme enceinte, le virus pourrait être à l’origine d’une malformation sévère, la microcéphalie, responsable d’un retard mental irréversible. Les études se poursuivent pour confirmer ce qui reste encore aujourd’hui des hypothèses. Mais la planète tremble car nul ne sait quand, ni où le zika frappera de nouveau. Tous les territoires où circulent les vecteurs (les moustiques du genre Aedes) sont potentiellement en danger.

Le moustique tue 725 000 personnes tous les ans

Aujourd’hui, « la Polynésie est débarrassée du zika. Le chikungunya est revenu, la dengue reste redoutée… en attendant le prochain arbovirus2 », conclue le documentaire. Car, le moustique est un tueur en série. Il fait chaque année 725 000 victimes dans le monde.

La lutte s’organise pour protéger, prévenir, se débarrasser des moustiques. Des expériences sont en cours à Tetiaroa où un million de moustiques mâles stérilisant ont déjà été relâchés. Les résultats sont prometteurs mais le terrain d’étude reste limité. Les menaces pèsent sur les autres îles en Polynésie et dans le monde.

« Zika les prémices d’une pandémie nous a inspiré un autre documentaire, Sur le fil du zika, qui a été tourné à La Réunion, en Guyane, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie et aux Antilles », indique Catherine Marconnet. « Il parle de la maladie sous un angle différent, à savoir la prise en charge et la réactivité des territoires et pays insulaires face à ce genre de crise. » Ils sont comme des sentinelles que la planète regarde avec intérêt.

 

1 Pandémie : épidémie présente sur une large zone géographique.

2 Arbovirus : virus qui se transmet via la piqûre d’un arthropode (moustique, tique…).