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A la rencontre du comité de sélection du FIFO

Chaque année, le FIFO reçoit des dizaines de films venus des quatre coins du monde. Ces documentaires sont visionnés par un comité de sélection composé de neuf personnes. Ce sont eux qui décident quel film est retenu ou pas pour le festival. Rencontres.

Elle est une figure emblématique du FIFO. Michèle de Chazeaux est membre du comité de sélection du festival depuis sa création. Le rôle de ce comité : visionner et évaluer chacun des films inscrits avec un œil critique, un esprit ouvert et une sensibilité propre à chacun. Au fil des ans, Michèle de Chazeaux a porté un regard toujours plus curieux sur le FIFO qui a évolué tant sur le fond que sur la forme. « Le FIFO a d’abord fonctionné comme la mémoire de l’Océanie », confie cette grande passionnée des cultures océaniennes. Au départ de l’aventure, les films diffusés lors du festival étaient en grande partie tournés vers les cultures et les traditions océaniennes méconnues voire oubliées du grand public. Très vite, le FIFO s’est actualisé en abordant des problèmes de société, présentés avec audace et un ton toujours plus original. « Ses références à l’histoire, ses portraits, son regard libre, ses questionnements, son attrait pour l’art font la richesse de ce festival qui doit célébrer l’Océanien dans toute sa diversité et sa richesse. Ici, rien n’est tabou, tout est ouvert ! ». Après 16 années à sélectionner les films du festival, Michèle de Chazeaux ne se lasse toujours pas de découvrir chaque année de nouveaux regards, de nouvelles histoires. « Ce qui m’importe en premier est l’émotion, ce que le film provoque chez moi. Ensuite, c’est la cohérence du traitement du sujet, son originalité, son rythme et ses propos. Le doc doit satisfaire ma curiosité, si possible m’apprendre quelque chose et que les images soient belles et éloquentes ».

L’image au service de l’émotion

A l’instar de Michèle de Chazeaux, Sophie Blanc attache une grande importance à l’émotion du film. Cette professionnelle de l’audiovisuel cherche avant tout à être touchée par l’histoire, viennet ensuite les images. « Quand on fait partie du comité de sélection, on voit plus de 150 films en deux mois. On visionne entre 3 à 4 films par jour, alors il n’est pas facile de rester objectif. Mes premiers critères sont donc l’émotion que suscite le film et ensuite la construction, l’image, le rythme, le montage…. » Monteuse de formation, Sophie Blanc est sensible à la technique des documentaires. Si l’histoire est importante et la beauté de l’image essentielle, le montage participe aussi à la qualité d’un film. « Le montage est souvent personnel. Quand je ne le vois pas, quand on ne le sent pas et qu’on est pris dans l’histoire, alors le montage est bien. Si je me pose des questions, c’est qu’il n’est pas bon ». Mais pour Sophie, si la technique est nécessaire pour que le film soit bon, le talent ne réside pas seulement dans cet aspect. « Certains réalisateurs sont plus des conteurs, d’autres des techniciens. Mais cela reste toujours plus agréable à regarder pour le grand public lorsque la technique est maîtrisée ». Au cours des quatre années passées en tant que membre du comité, Sophie a observé une évolution surtout dans la qualité de l’image et dans le traitement de certains sujets comme celui de l’environnement et des migrations des peuples.

Le point de vue

Les sujets de société sont devenus récurrents ces dernières années. Mais, on retrouve également des thèmes sur l’histoire, l’identité ou encore la transmission de la culture. « Les problématiques sont communes aux pays de l’Océanie, elles unissent nos peuples, souligne Moana’ura Tehei’ura, membre du comité depuis désormais trois ans. Si ces sujets sont traités encore et encore, ce n’est pas par essoufflement mais je dirais qu’il s’agit de problématiques dont les Océaniens souffrent encore. La voix de la guérison n’est pas facile à faire mais le FIFO permet cette thérapie communautaire car les traumatismes sont partagés et échangés lors du festival ». Très investi dans le milieu culturel de la Polynésie française, Moana’ura regarde avant tout dans un film le thème abordé et par qui… Le point de vue est essentiel pour ce Polynésien, plus sensible à un point de vue océanien qu’occidental. « L’intérêt du FIFO est de parler de l’Océanie par les Océaniens. Le FIFO me renvoie l’image du Tahua, la terre de réunion. C’est ici que se réunissent les peuples pour échanger et adapter la société océanienne à sa propre contemporanéité. Il est donc essentiel que ces échanges soient faits par les gens de nos terres… J’attends d’un film du FIFO qu’il soit avant tout réalisé par un autochtone ». Goenda Turiano-Reea, l’une des dernières arrivées du comité de sélection, rejoint la vision de son confrère Moana’ura. Si son expérience est plus jeune, elle a néanmoins déjà pu se forger un avis sur les films qu’elle a vu défiler lors des visionnages. Il est important pour cette linguiste et anthropologue que les problématiques océaniennes soient traitées d’un point de vue interne. « Qu’on comprenne ainsi le point de vue des autochtones ». Moana’ura, lui, regrette néanmoins que les réalisateurs polynésiens soient peu nombreux ou majoritairement les mêmes. Il souhaiterait que les jeunes réalisateurs assument le devoir de mémoire collective. « Le FIFO est ce lieu de mémoire que nous laissons en héritage à ceux de demain. Dès lors, se pose une question : quels gestes, quelles paroles et pensées voulons-nous transmettre ? Cela doit être, pour moi, le point d’ancrage de tout projet ».

FIFO – Suliane Favennec