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Des paroles et des écrits : la langue, l’identité d’un peuple

Dans son documentaire, Des paroles et des écrits sélectionné en hors compétition de ce FIFO 2019, le réalisateur Denis Pinson s’est intéressé à l’importance des langues en Océanie. De Tahiti aux Tuamotu, en passant par les Marquises et Lifou, en Nouvelle-Calédonie, le réalisateur nous fait voyager au cœur des peuples de la région à travers la langue de chacun. Une histoire de patrimoine et d’identité forte qu’il ne faut pas perdre.

Pourquoi s’être intéressé aux langues dans la région océanienne ?

On souhaitait faire une série de documentaires sur le patrimoine océanien, faire un constat de la situation aujourd’hui et s’il y avait des choses qui allaient conserver ce patrimoine. L’idée était de la faire au travers des héritiers de ce patrimoine, et donc des personnes qui allaient le faire vivre et évoluer. La langue fait partie du patrimoine bien sûr, mais on a pris du temps pour savoir comment on allait traiter cela. Le fond du sujet est fort, il a du sens et de l’importance pour l’Océanie. Mais, il fallait trouver les bons personnages à suivre pour nous raconter cela et nous faire passer leur passion. On a mis du temps à les trouver mais on a réussi.

Dans votre documentaire, on voyage en Océanie de la Polynésie à la Nouvelle-Calédonie, qu’avez-vous voulu montrer en parcourant ces pays à travers la langue ?

La langue ne sert pas juste à communiquer mais aussi à véhiculer des émotions, des savoirs. C’est cela qu’on voit dans le film. A travers la musique, des légendes du Heiva, des maths ou encore du savoir, on véhicule des histoires. Ce sont des choses qui ne peuvent pas se transmettre autrement que par la langue. Mais, au-delà de la langue, il faut voir au sens large ce que tout cela permet de véhiculer. On comprend ainsi qu’une langue est essentielle pour un peuple. Elle définit l’identité d’un peuple. Dans le film, on a l’exemple du Paumotu, c’est une identité très forte. Quand on entend Aroma chanter chez lui à Fakarava, on sent que la langue est rattachée à l’endroit où il vit et aux gens. Ca n’aurait aucun sens pour lui de chanter en français des histoires de Fakarava. 

Était-il important de faire ce film aujourd’hui? 

Cela fait un moment qu’on entend que la langue doit être parlée, qu’il y a une prise de conscience. Pour autant, dans beaucoup de familles, les nouvelles générations ne parlent plus, ils comprennent parfois mais ne parlent plus car ils ont honte de ne pas bien maîtriser leur langue. Du coup, la prochaine génération ne parlera et ne comprendra plus du tout sa langue. C’est maintenant qu’il faut faire les choses.

Ce film a-t-il aussi comme objectif de sensibiliser les jeunes ?

Oui complétement. C’est visuel et il y a de la musique. Les jeunes générations vont donc aborder la question plus facilement que si c’était un grand débat. J’ai choisi des personnages forts, en action, qui soient habités par leur passion et par leur envie. On s’attache à eux car on sent cette énergie, cette envie d’avancer et de se battre. Les jeunes peuvent s’identifier à eux et se dire, peut-être, moi aussi je veux vivre cette langue et faire quelque chose à ma façon pour la sauver. Alors, oui, j’espère que ce film aura de l’impact et pourra toucher ou donner une petite étincelle qui fera que les gens aient envie d’avancer dans ce sens-là.

Quels ont été les moments les plus forts ?

Ce film m’a beaucoup touché car j’ai passé beaucoup de temps avec les personnages. Au-delà de ce qu’on voit à l’écran, derrière on passe du temps avec les gens, on discute, on mange ensemble, on partage. Ce sont des moments forts mais la partie la plus touchante pour moi a été celle avec Patrick Amaru, qui nous a quittés en juin 2018. J’ai passé une semaine avec lui, sur la route, aller à la presqu’île en parlant de tout et de rien. C’était quelqu’un de simple, qui aimait les gens, les Polynésiens, sa culture, et de façon simple et authentique. Il te touchait forcément.

FIFO – Suliane Favennec