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FIFO 2019 : un festival engagé !

Le FIFO est terminé. Vendredi 8 février s’est tenue la soirée de remise des prix de cette 16e édition. Le documentaire Anote’s Arck a été primé Grand Prix du FIFO France Télévisions. Patutiki,  l’art du tatouage des îles Marquises, a remporté le prix du public ; trois prix spéciaux du jury ont été décernés. Retour sur le palmarès de cette édition exceptionnelle.

« Quand on lit parfois la presse, on a l’impression que l’Océanie n’existe plus, qu’avec le réchauffement climatique nos îles ont disparu. Mais, on voit bien qu’avec le FIFO malgré tout nous sommes là et bien présent. Merci pour ce message que nous envoyons ensemble car le monde ne serait plus tout à fait le même s’il n’y avait pas l’Océanie ». Wallès Kotra est ému. Debout sur la scène du Grand Théâtre de la Maison de la Culture, le directeur du pôle Outre-mer de France Télévisions tient le dernier le discours de cette édition, riche en émotions. Ce 16e FIFO a été marqué par le la qualité des documentaires en compétition et par la présence toujours plus nombreuse du public. Cette édition a battu tous les records : 7 000 scolaires et plus de 30 000 entrées. «  C’est vous qui faites le festival, c’est vous qui permettez qu’il continue d’exister ». Heremoana Maamaatuaiahutapu, ministre de la Culture, a rejoint la scène aux côtés de son ami Wallès. Les deux hommes sont à l’origine du FIFO. « Notre bébé a bien grandi, il a 16 ans, l’âge de l’adolescence. Cela fait 16 ans que l’on se voit, 16 ans que l’on se rencontre et on partage nos histoires. Aujourd’hui cet adolescent doit grandir et on doit l’accompagner. Il est important que le public et les professionnels continuent de soutenir ce festival en venant au FIFO ». Soutenu en partie par l’Etat, la représentante du Haut-commissaire est invitée à rejoindre les pères du FIFO sur la scène. Va alors se passer un moment insolite… Le petit garçon du ministre de la Culture a lui aussi rejoint la scène, il fait face au public, debout. Soudain, il applaudit. Rires de l’assemblée et ovation. Son papa devra s’y prendre à plusieurs fois avant de réussir à décrocher son garçon de la scène dont il semble déjà addict.

Partage ses cultures

Le temps est désormais venu de remettre les différents prix de cette édition 2019. Le prix du marathon d’écriture ouvre la cérémonie. Sophie Blanc, membre du comité de sélection, et Brigitte Olivier, grand reporter à Polynésie la 1ère, sont désignées pour remettre ce prix. Cette année le marathon d’écriture avait pour thème la transmission. « On a eu huit scenarii très inspirés. Il y avait beaucoup d’imagination et de créativité mais il y en a un qui avait un petit plus ». Brigitte Olivier annonce au micro le grand gagnant de cette édition, qui a une nouveauté : en plus des prix habituels, l’association tahitienne des professionnels de l’audiovisuel, offre au vainqueur la possibilité de réaliser un court-métrage à partir du scénario imaginé. C’est Vairoa de Itia Prillard qui remporte le prix. Avant de passer aux documentaires, deux autres prix sont remis, ceux des soirées OFF : court fiction et court-métrage. Undiscovered Country de Tyson Mowarin a été élu par le public meilleur court-fiction et Aprila de Roha Radheya pour le meilleur court-métrage. Le moment tant attendu arrive… Mais avant, le président du jury tient à dire quelques mots. « Je tiens à remercier les membres du jury  car nous avons partagé des heures de discussion très fortes. Nous avons beaucoup discuté et échangé. J’ai appris énormément sur les cultures de chacun. Merci de l’avoir partagé avec moi ».

De l’émotion

Le premier prix spécial du jury est décerné à… Island of the hungry ghosts de Gabrielle Brady. « Cela n’a pas été l’unanimité dans le jury mais ce film est d’une grande finesse, il est très réussi. Il parle de la crise migratoire et il interroge. Je tiens à féliciter le réalisateurs, car il est loin des cases de télévisions et de la course à l’audience », souligne Jacques Ollivier, membre du jury. C’est lui qui décerne ce prix. Le réalisateur étant absent, c’est Pierre Olivier, figure du FIFO, qui le recevra. Le deuxième prix spécial du jury est décerné par Tiare Trompette. « Je suis émue ce soir car lors de ce FIFO beaucoup de choses m’ont interpellée. Nous avons été touchés par vos histoires. Merci ! ». La voix presque tremblante, cette Dame de la culture annonce le vainqueur : Au nom du père, du fils et des esprits. C’est l’ovation dans la salle. Le fils de Jean-Marie Tjibaou, dont le film fait le portrait, monte sur la scène pour recevoir ce prix spécial. L’homme est ému lui aussi, les mots ne lui viennent pas. « Merci, mäuruuru ! », dit-il simplement avant de lancer un cri de joie et de victoire et quitter la scène. Un grand moment d’émotion. Enfin, le troisième prix spécial revient à Gurrumul de Paul Damien Williams. L’annonce, faite en langue maori par Line Ferrer, membre du jury, provoque un tonnerre d’applaudissements dans la salle.

Un cri d’alerte


Il est un prix important, pour certain même plus que le Grand Prix. Chaque année, le prix du public est très attendu. « C’est ma première fois à Tahiti et vos histoires m’ont rempli le cœur. Ce soir, le public récompense deux réalisateurs qui nous fait découvrir une culture et un art », lance Malinda Wink, membre du jury, qui remet ce prix. Sans grande surprise au vu des séances de projections complètes, Patutiki, l’art du tatouage des îles Marquises, remporte le prix du public. « Merci à tous ! Merci à ceux qui ont permis ce film. Merci au Fifo. Il y a 7 ans j’ai découvert la camera à un atelier du Fifo. Il y a deux ans on a pitché notre film au FIFO. Aujourd’hui, on remporte le prix du public ! C’est incroyable ! »  confie ému Heretu Teahiotupa avant de lancer un haka avec deux Marquisiens qui se sont levés de leur strapontin. La salle du Grand Théâtre a vibré… Enfin, le moment final est arrivé… Le président du jury, Carl Aderlhod, monte sur scène aux côtés de Wallès Kotra et Heremoana Maamaatuaiahutapu, pour annoncer le grand gagnant. Anote’s Ark remporte le Grand Prix du FIFO France Télévisions 2019. Ce documentaire raconte le combat du président des îles Kiribati, menacées de disparaître suite à la montée des eaux. « Le jury espère en récompensant ce film que cela fera bouger les choses et éveillera les consciences ». Le jury du FIFO semble donc avoir voulu lancer un cri d’alerte pour l’avenir des îles de l’Océanie. Un FIFO 2019 engagé ! Le prochain aura lieu du 1
er au 9 février 2020.

FIFO – Suliane Favennec