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Good Pitch Pasifika : un film peut changer le monde !

Il avait été annoncé lors du FIFO 2018. Cette année, les choses se concrétisent : le Good Pitch Pasifika a été présenté lors d’une conférence, ce mardi 5 février. Elle a été suivie par un atelier d’impact, pour expliquer comment ce dispositif peut aider et participer à l’impact d’un film.

« L’idée est de développer la voix du Pacifique et les problématiques de notre région avec une stratégie d’impact. Le Good Pitch est là pour aider les réalisateurs à avoir accès au tutorat, au financement, aux conseils, aux ressources. On est là pour créer un réseau et des opportunités, pour travailler tous ensemble afin de changer les choses ». Alex Lee, directeur du festival Doc Edge en Nouvelle-Zélande, est au FIFO pour présenter le Good Pitch Pasifika. Ce professionnel de l’audiovisuel était déjà venu lors de la précédente édition pour annoncer le dispositif et expliquer le concept. Cette année, il est revenu en force avec une équipe : Holly Fifer, réalisatrice, et Khadidja Benouataf. Ce mardi 5 février, ils ont présenté les grandes lignes directrices de ce dispositif qui existe déjà dans d’autres pays. Mais, qu’est-ce que le Good Pitch ? Créé en Grande-Bretagne par Doc Society, ce dispositif vise à soutenir l’industrie documentaire par la production de films à fort potentiel d’influence sociale et environnementale. Après s’être développé dans plus de 15 pays dont l’Australie, les États-Unis et un peu partout en Europe, il arrive désormais dans le Pacifique. Ainsi, le FIFO 2020 accueillera le Good Pitch local en prévision du premier Good Pitch Pasifika, prévu en novembre 2020 à Auckland en Nouvelle-Zélande. L’objectif de ces évènements : forger des coalitions entre des réalisateurs, des producteurs de documentaires, des acteurs du changement social (fondations, ONG, militants, mécènes, décideurs, marques ou encore médias) autour d’enjeux sociaux, culturels et environnementaux.

Une coalition pour avancer

Concrètement comment cela se passe ? La réalisatrice Holly Fifer prend le micro pour partager son expérience autour de son film The Opposition, Grand Prix du FIFO 2017. Ce documentaire raconte l’histoire d’une communauté de Papouasie Nouvelle-Guinée menacée d’être rayée de la carte pour un projet d’hôtellerie touristique.  « J’ai pitché mon film en 2014 au Good Pitch Australia car je voulais aider cette communauté en grande difficulté, je voulais créer un changement social. Suite au film, des gens travaillant dans le droit commun se sont impliqués alors qu’ils ne connaissaient pas cette communauté. Nous avons aussi été attaqués en justice. Sans le soutien de ces personnes, des fondations, des ONG, nous aurions perdu le procès. Grâce à eux, nous avons obtenu le droit de projeter le film dans 49 villes autour du monde et de le montrer au maximum », explique Holly Fifer qui a pu financer une grande partie de son film grâce au dispositif. « Le Good Pitch est un mélange d’idéalisme et de pragmatisme. Idéalisme car les films peuvent changer des vies, le monde, des situations, sensibiliser les gens et les politiques à des situations. Pragmatisme car pour changer les choses il y a des méthodes et des techniques », intervient Khadidja Benouataf. Cette professionnelle du milieu revient d’Amsterdam où s’est déroulé le dernier Good Pitch Europa. Une expérience riche et concrète. Khadidja Benouataf explique comment, une fois le film sélectionné, les équipes vont aider et s’engager durant 9 mois pour faire avancer la cause. « Le Good Pitch sait comment construire un impact, créer une coalition autour d’un film et de personnes qui peuvent faire avancer les choses ».

Qu’est-ce qu’un impact ?

Afin d’aller plus loin dans la présentation du dispositif, Khadidja Benouataf et Holly Fifer ont organisé un atelier, dans le but de montrer et expliquer avec des exemples concrets la notion d’impact. La salle Marama est à son comble. De nombreux réalisateurs, producteurs et militants locaux se sont joints à cet atelier. « Dans mon travail, j’ai réalisé beaucoup de films sur commande, aujourd’hui je choisis mes sujets avec des problématiques importantes, confie Thomas, réalisateur de 35 ans. J’avais besoin de savoir comment obtenir un impact car je veux faire un film pour faire avancer les choses ». Chacun à son tour se présente, explique son projet. « Ne vous inquiétez pas, ce qui se passe dans cette salle reste dans cette salle donc nous pouvons discuter librement et partager confortablement les histoires », prévient Khadidja Benouataf. Durant près de 5h, un véritable échange va se créer entre les participants venus d’un peu partout du Pacifique : d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de Tahiti bien sûr, des îles Cook ou encore de Papouasie Nouvelle-Guinée. Après une présentation sur ce qu’est un impact, comment le construire et avec qui, des cas concrets de films polynésiens ont été développés.

Une dynamique

Parmi eux, les deux films sur Pouvanaa a Oopa, personnage historique de la Polynésie. Le premier a été réalisé par Marie-Hélène Villierme, le second par Jacques Navarro. Les deux ont eu un impact. Celui de Marie-Hélène Villierme a permis de faire connaître l’histoire de Pouvanaa au grand jour. «  Il était important pour la population qu’elle sache qui il était vraiment. Il fallait rendre Pouvanaa à tout le monde et que ce ne soit pas une bataille politique. Les politiques du coup ont eu peur et tout le monde a marché ensemble. Chacun a trouvé sa place et a apporté quelque chose », confie la réalisatrice venue témoigner. Quant au film de Jacques Navarro, il a permis de montrer que le doute n’était plus possible sur le cas de cet homme condamné à tort comme auteur d’un incendie criminel à Papeete. Prisonnier politique, il sera réhabilité des années seulement après son décès. Deux autres films polynésiens seront pris en exemple pour avoir changé le regard et le comportement des gens : As du cœur qui met en lumière le don d’organes et Alors on danse qui raconte comme les handicapés sont « handicapables ». «  Cet atelier m’a ouvert les yeux sur la vraie vie d’un sujet et comment un film devient une arme », confie Thomas, enrichi par cet échange dont il compte bien se servir pour ses prochains films. Moana et Hiro, deux militants débordants d’énergie, ont un projet de tour de monde pour sensibiliser les populations au changement climatique et à la pollution. « On veut diffuser notre message aux maximum, qu’il y ait un impact partout. On veut toucher les générations futures et susciter des émotions », explique Hiro avant d’être interrompu par son camarade : « cet atelier nous a permis de nous structurer. On veut tout faire en même temps mais il y a une vision et ce qu’on peut faire concrètement. On doit donc canaliser notre énergie pour faire des choses concrètes. ». A la sortie de cet atelier, tous les participants n’avaient qu’une idée en tête : comment changer et améliorer le monde…


FIFO – Suliane Favennec