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Le sort de la Papouasie occidentale émeut les spectateurs

Le Grand théâtre a fait le plein, lundi soir, pour la soirée consacrée aux courts documentaires, Fenêtre sur courts. Pendant deux heures, le public a voyagé aux quatre coins de l’Océanie, à la découverte d’aspects parfois méconnus de notre vaste région. Beaucoup ont ainsi été marqués par la situation politique de la Papouasie occidentale.

« Ce soir, le jury, c’est vous ! » a lancé Mareva Leu, la déléguée générale de l’Afifo, en ouverture de la soirée Fenêtre sur courts. Le public, qui assiste gratuitement à cette projection, est en effet invité à voter pour désigner le meilleur court-métrage documentaire parmi les 11 films proposés. À la sortie de la salle, ils sont nombreux à se dire émus et surpris par Aprila, un documentaire qui dénonce la situation du journalisme et plus généralement de la démocratie en Papouasie occidentale, une province d’Indonésie à statut spécial, où de nombreux Papous luttent pour leur indépendance. « J’ignorais complètement ce qui se passe là-bas, ce film m’a beaucoup appris », raconte Fabien. Tehei a aussi été touché par l’histoire de la jeune journaliste Aprila, qui a décidé d’arrêter de faire son métier après avoir reçu des menaces de mort : « Je ne pensais qu’il existait encore une telle violence ! » Les images sont pourtant sobres, contrairement aux nombreux clips qui circulent sur les réseaux sociaux et qui montrent sans détour les exactions commises par la police indonésienne. Tourné en noir et blanc, le film tire sa force de son propos, mais aussi de sa musique, estime Nicolas. « C’est bien amené, la musique est très bonne et elle colle parfaitement aux images, et puis c’est un bon sujet, personne n’en parle », affirme-t-il.

« C’est important de rire, aussi ! »

Certains spectateurs ont préféré des films plus légers. C’est le cas de Rosemarie, qui a voté pour Transblack : Sammy, le portrait d’une jeune Aborigène australienne d’une petite ville du nord du pays, née garçon, devenue une jeune femme au fort caractère et au rire irrésistible. « C’est le film qui m’a le plus marqué, je l’ai trouvé original et vrai », confie Rosemarie. Ovni feel-good de la soirée, Maori Metal a eu les faveurs de Caroline : « Les documentaires portent souvent sur des sujets un peu lourds, c’est important de rire, aussi, et ce film est vraiment rigolo. » Le montage joue en permanence sur le contraste entre la paisible Nouvelle-Zélande et ce groupe familial de métal. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, il ne s’agit pas seulement de rire, le film raconte avant tout l’histoire de jeunes garçons qui font le choix de chanter en maori et de valoriser leur culture autochtone. Et le succès est au rendez-vous pour leur groupe Weaponry !

De leur côté, Hinatea et Moe ont donné leurs voix au « documentaire sur la planète », Gwala Rising in the Bwanabwana islands. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, une communauté met en place avec réussite un gwala, la version papoue du rahui permettant de mieux conserver les ressources de la mer en restreignant la pêche dans certaines zones. « Ça nous a touché de voir un concept qu’on connaît ici, mais qu’on devrait élargir, il faudrait s’inspirer de cet exemple et le dupliquer ici. Quand on voit la taille des pahua, c’est méga ! Les bénéfices sont visibles à l’œil nu », souline Hinatea. « Alors qu’ici, on voit que la taille des poissons sur le bord de la route ne cesse de diminuer… L’importance du rahui est encore discuté par une partie de la population, il faudrait mieux le respecter », ajoute Moe. Et c’est sur cette question du respect de l’environnement que s’est terminée la soirée, avec un poème poignant de Kathy Jetni Kijine, dans Anointed.

FIFO – Elodie Largenton