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Les étoiles me suffisent, un documentaire porteur d’espoir

Comme chaque année, le FIFO organise des rencontres intitulées Inside the doc. Un moment d’échange entre les réalisateurs, les producteurs et le public qui se déroule sur le paepae a Hiro. Ce mercredi 6 février, Eliane Koller, réalisatrice, et Vainoa, personnage du film, sont venues discuter de leur documentaire Les étoiles me suffisent, projeté hors compétition lors de cette 16e édition.

Tumata, Mahana, Vainoa… Durant 54 minutes, ces trois jeunes femmes racontent sans fard leur histoire dans le documentaire réalisé par Eliane Koller, Les étoiles me suffisent. Un film à la forme un peu particulière… Devenues des hommes efféminés, les jeunes femmes ont filmé elle-même leur vie et leur quotidien de raerae à Tahiti. Eliane Koller les a rencontrées il y a six ans. A chacune, elle a donné une caméra.  « J’ai gardé quatre ans la caméra, confie Vainoa, qui participe à la rencontre Inside The Doc de ce mercredi 6 février sous le paepae a Hiro. Ce n’était pas facile la première fois car il fallait la poser et cadrer mais grâce à Eliane on a appris. Au début je ne savais pas quoi filmer, Eliane m’a dit de tout filmer et qu’on triera à la fin ». A la réalisatrice donc de dérusher les images régulièrement et de les rendre aux personnages. Une mission pas toujours évidente surtout lorsque le film s’étale sur des années. « Je devais faire en sorte de ne rien perdre et surtout de les voir souvent. C’est surtout les deux dernières années qu’on a réussi à avoir une régularité. Tous les jeudi matins, par exemple, je voyais Vainoa. Mais ce n’est pas facile de le faire avec tous car chacun à sa vie », explique Eliane Koller qui tenait particulièrement à faire ce film.

Se montrer

La réalisatrice est sensibilisée aux sujets d’homosexualité et de transgenre. Son grand frère est lui-même homosexuel. « Je suis originaire d’Allemagne et là-bas il est difficile de s’accepter soi-même et d’être accepté par les autres. Quand en plus tu veux devenir une femme, c’est encore plus compliqué. Je tenais à montrer que les raerae ne sont pas des idiots mais des personnes qui ont le droit d’avoir une vie comme le tout le monde ». Vainoa confirme tout en dénonçant le regard biaisé des gens qui les voient encore trop souvent comme des bêtes de foire ou des danseuses de cabarets. « Ce n’est pas ça la vraie vie. J’ai bien voulu participer à ce film car je voulais montrer qu’on n’était pas des monstres mais des personnes comme les autres. Je sais que certaines personnes comme moi sont maltraitées ou finissent sur le trottoir. C’était important de nous montrer autrement, de manière plus positive », raconte Vainoa. La jeune femme, au caractère bien trempé, ne cache pas néanmoins qu’elle a parfois été habitée par le doute durant le film. « Eliane était là pour nous rassurer, pour nous dire de continuer même si on était fiu ». La réalisatrice a d’ailleurs dû faire face à des situations plus ou moins insolites provoquant parfois quelques sueurs froides. « A chaque fois que je voyais Tumata, elle me disait vouloir quitter le projet. Mais en discutant, elle reprenait la caméra. Si tu fais des films, il y a une chose qu’il faut toujours garder en tête : don’t panic !  il faut prendre le film étape par étape, il faut garder la passion et sa vision. Il faut garder espoir».

Continuer d’avancer

L’espoir… C’est justement l’un des messages de ce film, qui a conquis le public. « Je tenais à vous féliciter car c’est un processus courageux. Merci d’avoir levé le voile et rétabli la vérité, intervient une jeune femme venue assister à cet Inside The Doc. Mais, j’ai une question : faut-il créer une association pour rassembler les filles ? Pour éviter qu’elles dérapent sur des chemins sinueux ». Vainoa est ravie, elle peut présenter la prochaine association TransPolynésie. Une structure qui est en train d’être montée mais le processus est difficile : «  les filles ne comprennent pas toujours le but ni l’objectif ». Une autre jeune femme lève la main, elle souhaite, elle aussi, poser une question. « Votre film a-t-il eu un impact ? ». Diffusé sur la chaîne polynésienne TNTV, le documentaire semble avoir eu des effets.
« Le regard et la mentalité des gens, oui, commencent à évoluer. Mais j’espère qu’il y aura un impact total. Mais surtout, j’ai envie de dire aux raerae : ne baissez pas les bras, travaillez, étudiez, continuez d’avancer », confie Vainoa. Eliane, elle, estime que si une personne est touchée, c’est déjà bien. Car ne l’oublions pas, c’est avec de petites victoires que l’humanité avance… 


FIFO – Suliane Favennec