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Le documentaire d’impact : un levier pour le changement

Plusieurs professionnels de l’audiovisuel ont échangé sur le documentaire d’impact lors d’une table ronde ce mercredi matin au FIFO. Les producteurs et les réalisateurs ont raconté comment leur film servait d’outil pour provoquer des changements. Miriama Bono, présidente de l’AFIFO, a annoncé l’organisation d’un Good Pitch Tahiti au FIFO 2021. Nous sommes tous invités à l’action !

Au FIFO, le documentaire d’impact est sur toutes les lèvres. Ce documentaire ne se contente plus seulement de raconter une histoire, il veut imprimer un changement et être l’outil de ce changement. Certains films marquent les spectateurs, ils changent les modes de pensée, les perspectives, font tomber les préjugés. D’autres vont encore plus loin : ils imprègnent toute une communauté, rentrent dans les écoles, deviennent des supports pédagogiques, modifient les lois. Tous les films ont un impact mais le documentaire d’impact s’accompagne d’une campagne d’information vers un changement de société. Il devient un support pour promouvoir une évolution de la société, pour éduquer des enfants ou informer des populations entières. Le documentaire est l’outil du changement.

Si le documentaire engagé a toujours existé, il s’est « professionnalisé » pour Nick Batzias. Le producteur australien, qui a notamment produit Sugarland, sorti en 2014, et The Australian Dream, en compétition au FIFO, constate cette « sophistication ». Sugarland a tout de suite été pensé comme un film d’impact. L’équipe s’est donc entouré d’universitaires et de scientifiques pour appuyer leurs thèses et avoir des preuves. « Les personnes qui sont actives dans ce milieu depuis des années nous donnaient des données. » Une campagne s’est ensuite mise en place autour du film. Plusieurs personnes y ont travaillé à plein temps pendant une année entière. Elle se poursuit aujourd’hui alors que le film est sorti en 2014. Sugarland est devenu un outil pour les activistes, les associations et toutes les personnes sur le terrain qui luttent contre la malbouffe et notamment la consommation excessive de sucre. Il a été diffusé dans 4 000 écoles : « En allant voir les enfants, tu peux modifier les comportements des adultes. » Il a entrainé des modifications concrètes sur l’accès aux sodas ou aux gâteaux dans les écoles et les hôpitaux. Sugarland a changé les comportements de certaines personnes et a permis une prise de conscience sur les dégâts du sucre. Pour Nick Batzias : « Le film est un levier pour le changement. »

Kumu Hina de Dean Hamer a impacté les mentalités. Son message : « Les êtres entre le féminin et le masculin font partie de l’histoire de Hawaii. » Aujourd’hui, le film est également diffusé dans les écoles mais dans une version plus courte, des cours ont été développés autour du film pour fournir du contenu pédagogique aux enseignants, Kumu Hina est également diffusé sur les avions qui atterrissent à Hawaii. Il est même devenu « la ressource la plus populaire sur le problème transgenre dans le pays », explique Dean Hamer. Avec son documentaire Eating up Easter, Sergio Mata’u Rapu s’interroge sur son mode de vie et interroge les spectateurs sur leur propre mode de vie. « On boit de l’eau en bouteille, on mange du riz qui vient du Japon. On fait partie du problème. » Raconter l’histoire de Rapa nui aujourd’hui c’était raconter celle du monde : comment se développer économiquement et protéger son environnement ?

Pour promouvoir ce type de documentaires, des rendez-vous sont spécialement organisés pour les porteurs de projet et toute personne susceptible de l’aider : les Good Pitch. Il s’agit de présenter son idée devant un panel de personnes ressources : la communauté, des scientifiques, des associations, des institutions, le grand public… Produire ou réaliser un documentaire nécessite de l’argent mais pas seulement. Construire un réseau autour des porteurs de projets leur permet d’aller plus vite, plus loin, plus fort. « Certaines personnes ont des idées fantastiques et ont besoin d’aide pour les faire vivre. Des connexions magiques ont eu lieu ce jour-là et nous savions que personne n’allait partir sans soutien, raconte Lisette Marie Flanary, organisatrice du Good Pitch Hawaii. Beaucoup de conversations ont commencé ce jour-là et se poursuivent aujourd’hui. » Pour Nick Batzias, producteur australien, sentir cette énergie est très importante pour les réalisateurs qui travaillent souvent seuls. Nous sommes tous invités à l’action. Miriama Bono, présidente de l’AFIFO a profité de cette table ronde pour annoncer l’organisation du Good Pitch Tahiti au prochain FIFO. Un appel à projets sera donc lancé dès le mois d’avril.

Effet de mode ou réel changement dans l’industrie du documentaire ? Tous s’accordent sur la deuxième proposition. « Je pense que les médias traditionnels ne nous donnent pas les récits qu’on voudrait lire. Ce n’est pas une mode, c’est l’envie de raconter ces histoires », explique Nick Batzias. Pour Sergio Mata’u Rapu, « c’est l’évolution de la manière dont on raconte les histoires, la transition de l’écran à l’action. Nous sommes impliqués aujourd’hui. » Dean Hamer, le réalisateur de Kumu Hina, voit une nouvelle industrie naitre autour du documentaire d’impact. La profession de l’audiovisuelle a elle-même été impactée : « Par le passé, il y avait beaucoup de compétitions, aujourd’hui il y a du soutien, des connexions, du partage. On veut la même chose : que nos récits soient vus et entendus », conclut Lisette Marie Flanary.

Lucie Rabréaud / FIFO 2020