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Plateformes numériques : la révolution est en route, il faut s’adapter au changement

Elles sont aujourd’hui au cœur des débats car elles ont révolutionné le paysage de l’audiovisuel. Netflix, Amazon, You Tube et des dizaines autres plateformes numériques ont bouleversé le milieu. Pascal Le Chevalier a tenu une conférence autour de cette problématique ce mardi 3 février sous le chapiteau de la Maison de la Culture. Passionnant.

167 millions d’abonnés, 190 pays atteints… Ce sont les chiffres de la plateforme Netflix en 2019. Des chiffres impressionnants qu’a exposés ce mardi 3 février Pascal Le Chevalier, consultant des nouveaux médias à What’s Hot, lors de la conférence sur les plateformes numériques organisée sous le chapiteau de la Maison de la Culture. Netflix n’est pas l’unique plateforme qui existe mais elle reste la plus exemplaire pour illustrer la révolution numérique face aux chaînes linéaires telles que France Télévision ou encore TF1. Mais, quel est l’impact de ces plateformes ? Quelles réactions doit-on avoir au niveau océanien ?

Accompagner le changement

Les plateformes numériques sont apparues en 2005. Le début d’une mutation de l’audiovisuel dans laquelle les chaînes linéaires ont eu du mal à s’identifier. Il faut dire que jusqu’à présent c’était le diffuseur qui avait la main avec le téléspectateur mais la donne a changé depuis dix ans : le téléspectateur a pris le pouvoir. « L’impact de cette révolution se fait en plusieurs points, explique Pascal Le Chevalier à son public, très attentif.  La TV n’a plus le monopole de l’image avec l’arrivée des plateformes et du téléphone. L’OTT (ndlr : les applications) prend le pouvoir face au linéaire, on constate d’ailleurs qu’aujourd’hui toutes les chaînes ont lancé des applications. Enfin, le marché publicitaire est sous l’emprise des gafan (Google, Amazon, Netflix, Apple, Facebook). Ce marché publicitaire est en train de déstructurer les chaînes de télévisions publiques et privées ». Preuve à l’appui de cette révolution, en 2019, le temps consacré à internet a dépassé le temps consacré à la télévision. Il faut donc accompagner ce changement. Autre dynamique : la part consacrée aux applications est beaucoup plus importante et l’arrivée de la 5G va faire exploser ces pratiques. Troisième point : les chiffres publicitaires. Alors que la télévision stagne, internet explose avec deux acteurs majeurs : Facebook et You Tube. Du coup, les chaînes linéaires basculent sur un modèle à la demande avec par exemple le développement du replay, une arme importante pour les chaînes.

S’adapter ou disparaître 

Ces sujets de discussions étaient encore feutrés il y a sept ans, aujourd’hui ils sont au cœur des débats. Alors, qui va gagner la bataille des médias ? Il y a deux discours et deux solutions : s’adapter ou disparaître. Les audiences des chaînes linéaires sont en chute libre, il faut donc se positionner. Surtout que les plateformes sont désormais présentes dans les festivals. « Un film a été acheté par une plateforme de Disney pour 17 millions de dollars. Un record. Cela montre donc une évolution du marché : les plateformes sont de vrais acteurs qui investissent dans les programmes », explique Pascal Le Chevalier. Mais qui sont ces nouveaux acteurs ? Les Américains restent les plus imposants conquérants avec un milliard d’abonnés à un service SVOD (la vidéo à la demande). Mais le marché est devenu mondial grâce à internet, et les plateformes comme Netflix l’ont bien compris puisqu’ils ont investi les pays d’Europe ou encore une partie de l’Asie. Et ils se sont adaptés aux contraintes et réglementations de chaque pays. Amazon, qui compte 150 millions d’abonnés sur tous ces services (du commerce à la vidéo), prend aussi de l’avance en ambitionnant de s’offrir les droits par exemple des évènements sportifs. De quoi faire de l’ombre aux grands groupes comme France Télévisions ou Canal +. Deux nouvelles plateformes sont également apparues dans le paysage : Disney avec un démarrage record à 25 millions d’abonnés en deux mois, et Apple qui détient pas moins de 250 milliards de dollars de trésorerie. You Tube est aussi un géant avec ses 15 milliards de dollars de chiffres d’affaires. Impossible donc pour les chaînes linéaires de rivaliser. Les solutions se trouvent ailleurs, il faut parler à ces plateformes et proposer des programmes. Et si les chaînes entrent dans le jeu, les cinq prochaines années risquent bien d’ouvrir un nouvel espace de création.

Trois questions à Pascal Le Chevalier 

En quoi était-il important de présenter ces plateformes au FIFO ?

L’enjeu est l’internationalisation de tout le monde audiovisuel. L’Océanie étant positionné loin de tout, il est important de pouvoir partager ces enjeux. On est sur un territoire dont une partie parle la langue française et s’inscrit dans un modèle économique francophone, il faut défendre ce modèle. Aujourd’hui, les Américains sur-dominent, il faut travailler avec eux mais aussi être capable d’avoir des initiatives et donc de présenter aux acteurs locaux toutes les possibilités qu’ils auront demain pour élargir leur terrain de jeux. On ne peut pas se contenter d’être enfermé dans une fenêtre franco-francophone ou insulaire. Le monde nous appartient.

La difficulté pour l’Océanie est d’être visible, encore plus avec la prochaine fermeture de la chaîne France Ô. Les Océaniens ont-ils donc quelque chose à jouer ?

Oui sans doute. Mais il faut être prudent car nous n’avons pas été capable de le faire en Europe. Et c’est encore moins évident en Océanie avec les langues différentes. Les évènements comme le FIFO permettent d’ouvrir les yeux et on peut penser peut-être que dans un avenir très proche, les représentants des plateformes seront présents pour voir, comprendre et acheter. A ce moment-là, la première étape de ce pari sera réussie. Mais, personne ne sait si on arrivera.

Comment fait-on pour créer ou intégrer une plateforme ?

Sur la création, il faut beaucoup de moyens. Donc, là, c’est plutôt aux acteurs établis, aux chaînes locales de se fédérer pour faire quelque chose. Il faut trouver le moyen, avoir des idées. La deuxième étape est ensuite pour la production locale d’entrer en contact et de montrer aux représentants de ces plateformes qui pensaient globalement et maintenant recherchent des perles rares un peu partout. C’est un travail long et difficile mais si le produit est bon il trouvera son public. Il faut aller partout, mener pleins de projets, et changer la mentalité.

 

Suliane Favennec / FIFO 2020