FIFO 2026 – L’Oceania Impact Pitch for Indignation est de retour. Il est un rendez-vous incontournable pour les réalisateurs en herbe ou chevronnés souhaitant voir un jour leur film prendre vie.





Un film naît d’un long processus. La première étape consiste à avoir un pitch solide. C’est l’argument, le
ressort dramatique, ou encore l’accroche servant à présenter son projet et à vendre un script. Le pitch doit
donc être une accroche courte et efficace du projet, afin d’inciter le producteur à proposer un rendez-vous
à l’auteur ou à signer rapidement une option afin de bloquer les droits du projet.
Le FIFO est une opportunité et permet aux porteurs de projets de consolider leurs pitchs. Relancé en
2024, en collaboration avec l’Impact Social Club, l’Oceania Impact Pitch for Indignation revient en
biennal comme moment phare de la programmation professionnelle du FIFO. C’est un moment de rencontre, de formation et de présentation pour que porteurs de projets océaniens, diffuseurs et producteurs se rencontrent et donnent vie à des projets audiovisuels océaniens originaux, audacieux et engagés.
Les porteurs de projets de documentaires travaillent d’arrache-pieds pour préparer au mieux leur pitch et le présenter face à un grand jury composé de professionnels et de décideurs venus d’Océanie et d’Europe (festivals, producteurs, financeurs, diffuseurs, distributeurs).
Lundi, pour se préparer, les porteurs de projets ont eu droit à une masterclass « pitch et impact ». Cette masterclass permet aux cinéastes d’acquérir les outils essentiels pour construire des pitchs d’impact percutants. L’idée est d’apprendre à présenter avec clarté l’histoire de son documentaire, présenter sa vision artistique et son potentiel d’impact. Cela permet aux pitcheurs de découvrir comment inspirer la confiance, susciter la curiosité et convaincre les bons partenaires de rejoindre son projet de film. Par ailleurs, les porteurs de projets ont eu l’opportunité de bénéficier de sessions de coaching individuel.
7 minutes pour convaincre
Après une semaine d’ateliers, les pitcheurs présenteront leur projet devant le jury de l’Oceania Impact Pitch. Ils auront 7 minutes (trailer compris) pour convaincre, suivies de 7 minutes d’échanges avec le jury et le public.
Tous les projets retenus s’inscrivent dans les valeurs du FIFO et participent à la préservation et à la valorisation des cultures autochtones de l’Océanie.
Khadidja Benouataf, présidente de l’Impact Social Club et formatrice pour l’Oceania impact pitch for indignation explique : « Cette année sept projets de films ont été retenus, mais au final, ils sont six présents. Ils viennent de toute l’Océanie. Dès les premiers jours de formations, on a vu les projets évoluer ».
Porter un projet engagé, toucher un public, soutenir des messages forts ou raconter une « bonne » histoire, prend du temps. Samy Cunéo, l’un des pitcheurs explique : « Ces ateliers nous aide. C’est ça aussi la force du FIFO. A Tahiti, on est isolé la majeure partie de l’année et on n’est pas amené à avoir très souvent des feed-backs de professionnels de l’audiovisuel ».
Cet après-midi de 16h à 18h, les porteurs de projets défileront devant un grand jury et le public au Petit Théâtre de la Maison de la Culture pour défendre leur pitch. Le meilleur projet, au-delà de gagner en visibilité sera récompensé d’un prix et de 200 000 Fcfp. Tous espèrent remporter le Graal et présenter leur film très prochainement au Festival.
Saphyr Morhain, pitcheure pour : « Dans leurs yeux, Faaite »

Pourquoi ce projet et qu’est ce qui t’as motivé à participer au concours du meilleur pitch ? « Je suis originaire de Tahiti. Mon pitch aborde un sujet qui concerne la Polynésie et plus intimement lié à l’archipel des Tuamotu. Je pense que ma proposition de film « Dans leurs yeux, Faaite » est un sujet important. Il parle de résilience et de pardon. »
Participer au Fifo et à l’impact pitch est un atout pour ton projet ? « Complètement. Cela me permet de mieux l’élaborer. De mieux le peaufiner. Et de voir des angles que je n’avais pas forcément vu auparavant donc ça m’aide énormément. De plus, c’est important de rencontrer des professionnels du secteur audiovisuel. En tant qu’étudiante en cinéma, on n’a pas souvent l’occasion de rencontrer autant d’acteurs importants. Cela grandit d’avantage le projet. »
Vous espérez gagner ce concours ?
« Oui car cela nous ouvrirez beaucoup de portes. Et cela nous donnerait pleins d’opportunité. L’objectif étant bien sûr de le présenter au FIFO. On aimerait montrer notre film aux Polynésiens et qu’ils voient notre travail. »
Dans leur yeux, Faaite
Synopsis – En 1987, sur l’atoll de Faaite, une psychose collective conduit à l’”affaire des buchers”. Quarante ans plus tard, les parents de l’auteure, Christian Morhain et Josette Pohue, témoins et habitants de l’époque, retournent sur l’atoll rencontrer les familles et raconter comment ils ont traversé ce drame, entre mémoire, pardon et résilience.
Samy Cunéo, pitcheur pour : « We were king »

Qu’est ce qui vous a pousser à vous inscrire à l’Oceania Lab et a participer au concours du meilleur
pitch ?
« A la base, j’ai tendance à rester derrière la caméra ou ma table de montage. J’ai du mal à aller à la rencontre d’autres créateurs. Les années précédentes, j’étais présent sur le FIFO mais la nouveauté cette année, c’est que j’ai décidé grâce aux conseils de Laura Théron (déléguée génrale du FIFO – Ndlr), de présenter mon projet. L’Oceania Pitch, c’est vraiment inspirant et édifiant. On apprend énormément de choses. »
Toute la semaine, vous avez des ateliers pour vous préparer au grand jour c’est assez le pitch devant le grand jury, comment est ce que vous vous préparez ? « Lors de la semaine, on s’aperçoit que certains comme ceux de Fidji ont été pitchées au travers du Pacifique. Pour ma part, c’est ma première fois. J’ai beaucoup de mal à parler en public. J’ai donc fait une préparation écrite par rapport à mon scénario et comment j’allais le pitcher. Arrivé ici, au travers des ateliers, dès les premiers jours, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de choses à changer. On est en situation intense de modifications constantes de nos pitchs. On travaille à trois, je suis accompagné de Temana Sengues, productrice, auteure sur le projet et d’Esther Cunéo, ma sœur qui est narratrice et également personnage dans le film. Je devais pitcher seul, mais en voyant les autres, on a décidé de pitcher à trois. Ces ateliers nous aide. C’est ça aussi la force du FIFO. A Tahiti, on est isolé la majeure partie de l’année et on n’est pas amené à avoir très souvent des feed-backs de professionnels de l’audiovisuel. C’est aussi ça qui est intéressant dans l’Oceania pitch, c’est d’être confronté aux professionnels et leur parler de notre projet. »
We were kings
Synopsis – Depuis des générations, une famille de l’île de Rurutu porte le poids d’une honte héritée de l’époque coloniale : celle d’un ancêtre tombé en disgrâce, exilé, puis dévoré par des cannibales. Défiant ce stigmate, Silifu, une femme polynésienne âgée, se lance dans une quête de trente ans à travers le Pacifique.
Fouillant les archives, se confrontant aux traditions orales et remettant en question les discours de ses contemporains et des experts, elle cherche à rétablir l’identité effacée de son aïeul. Son voyage révèle non seulement une lignée royale oubliée, mais aussi le pouvoir profond de questionner les héritages narratifs, posant ainsi la question fondamentale : qui détient réellement la plume qui écrit l’Histoire ?
Khadidja Benouataf, présidente de l’Impact Social Club et mentor pour l’Oceania Impact Pitch for
Indignation : « Pitcher, c’est convaincre »

Pouvez-vous vous présenter ? « Il y a cinq ans, j’ai créée la première association de films d’impact qui s’appelle l’Impact Social Club et on l’a créée avec les premiers producteurs d’impact français. Tout cela c’était pour le cinéma d’impact francophone. Toutes les ressources de l’impact sont anglophone, majoritairement. »
Toute la semaine, des ateliers sont prévus pour les pitcheurs, comment est ce que ça se déroule ? « C’est un lab, un laboratoire sur plusieurs jours. On leur apprend à pitcher. Cette année, il y a six films à pitcher qui viennent de toute l’Océanie, c’est bien pour la diversité. Il y a des projets de Fidji, Guam et les Îles Mariannes, de Cook, de Tahiti… On leur apprend le pitch, on leur apprend aussi les stratégies d’impact. »
Comment cela se passe pour participer ? « Il faut candidater. Et tous ceux qui ont candidater ont envie que leur film aille le plus loin possible. Ce n’est pas un simple divertissement, c’est parler d’un sujet qui fait bouger les choses. »
Qu’est ce qu’un bon pitch ?
« Un bon pitch, c’est un pitch qui convainc les professionnels, qu’ils soient diffuseurs, distributeurs, producteurs… Un bon pitch, c’est une bonne histoire et raconter par la bonne personne. Pitcher c’est convaincre. C’est la première étape dans la vie professionnel d’un film. »
Suite à tes ateliers, as-tu vu une évolutions des pitcheurs ? « Complètement. La façon, dont ils vont parler de leur projet est différent. Il y a certains, c’est la première fois de leur vie qu’ils vont pitcher donc ils doivent intégrer beaucoup de choses en très peu de temps. On a fait des tests et ils ont tous pitcher une première fois avec moi. Ils ont tous changer des choses après ce premier passage, parce qu’on peut toujours améliorer son pitch. C’est le but de ce lab. »
Teri Calder, Productrice exécutive, Documentaires – Impact et Partenariats, spécialiste pour ABC
Australia et membre du jury : « Ce qui est important c’est d’avoir des messages qui portent »

En tant que membre du jury, à quels types de projets êtes-vous le plus souvent confrontée ? « Je n’ai pas encore vu les pitchs qui sont proposés au FIFO cette année. Mais je peux vous parler des pitchs que nous avons en Australie. J’aime travailler sur des projets qui ont un impact sur les communautés, sur des projets de longue haleine. Les meilleurs pitchs, ont un impact sur la vie des gens. La plupart du temps, ce sont des projets à caractère social, environnemental… Nous souhaitons vraiment que les projets qui sont proposés, aient une répercussion et des sujets profonds. Nous avons reçu des projets intéressants sur la santé mentale par exemple, la santé de manière générale. Ce qui est important c’est d’avoir des messages qui portent, qui parlent et surtout qu’ils parlent de communautés aux communautés. Il faut que les projets arrivent à faire face aux communautés auxquelles ces films s’adressent. Il ne faut pas que les communautés soient juste des sujets d’études, mais vraiment qu’ils soient une part entière du film. »
Quels sont vos critères d’évaluations pour choisir le meilleur pitch ? « La puissance de la narration, de l’histoire est très importante et comment cela peut résonner chez chacun. La façon dont les films sont racontés est important aussi. Cela doit bien sûr toujours inclure les communautés. Il faut que les communautés soient acteurs des films. La stratégie d’approche est également importante pour atteindre le public. Il ne faut pas traiter les films de manière générale, il faut une approche ciblée. »
Est ce qu’il y a des « red flags » qui vous font décrocher d’une présentation de pitch ? « C’est lorsque l’on traite un sujet sans consulter les personnes dont parlent le projet. Ne pas inclure les communautés dont on parlent est un « red flag », directement. »
Un conseil pour les pitcheurs ? « Encore une fois, j’attends un bon récit, de voir à qui il est adressé, c’est à dire à quel public. Il faut que l’on puisse ressentir des choses. Un bon pitch est un film que l’on a envie de voir. Il faut penser à tout à l’impact du projet. »
Jenny Hunter – FIFO TAHITI
Vaikehu Shan – FIFO TAHITI